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On n'exige de la part des invites que deux conditions : premierement, qu'ils revetent et qu'ils gardent la robe nuptiale, qui n'est autre que I'etat de grace ; secondement, qu'ils arrivent au banquet divin affames, c'est-^-dire r^ellement desireux de gouter et de voir conibien le Seigneur est doux. (Is. xxxiii, 9.)
Personne ne doit avoir I'audace de s'asseoir a cette table dans la nudit^ et la confusion du peche mortel ; et personne, alors m^me qu'il serait dCiment rev^tu de la robe nuptiale, ne doit oublier les manieres de la bonne societe : regardant de haut ses compagiions de table, temoignant peu de gout pour les mets qui lui
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sont servis, ayant Fair de desirer tout autre chose. Ceux qui avaient faim il les a rassasies de niets exquis, tandis qu'il renvoyait les riches saJis leiir rien donner. (Luc, I, 53.)
Au banquet de la religion Dieu communique aux ames saintes qui aiment pareille nourriture, une certaine connaissance experimentale de Lui-meme et de sa suavite. Pour ce qui est de I'insense orgueilleux qui dedaigne riiumilite de la pri^re et se regarde comme un homme riche en comparaison de ses freres, parce que peut-etre est-il possesseur d'une certaine erudition trompeuse, d'une certaine connaissance superficielle des ficritures oudelaphiloso-hie.oud'^rhi-toire oudes sciences naturelles; celui-1^, Dieu le renvoie les mains vides, c'est-a-dire qu'il ne se fait pas connaitre k lui par une ineffable communication de sa divine suavite dans le secret du coeur. En d^pit de cela
sa folie est si grande qu'il ne s'aper^oit meme pas qu'il meurt de faim an sein de la plus grande abondance.
Si nos premiers parents, et, k leur suite, toute la race humaine, eusseiit conserve r^tat d 'innocence prirhitive, la contemplation de Dieu et la jouissanoe de cet acte eussent et^ pour nous comme une seconde nature. Nous eussions decouvert avec la plus grande facilite les aimables perfections de Dieu, reflechies comme dans un miroir sur toute la surface de la creation et plus particulierement dans I'etonnant chef-d'ceuvre qu'est notre corps uni k notre ame, dans la soci^t^ des hoiHrftes saints et la hierarchic des bons anges, dans le d6p6t de la rev^latioii et tout I'ofdre de la religion tel qu'il eOt alors et^ constitue. L'homme eut alors trouve aussi facile et naturel de penser a Dieu, de vivre en sa presence quoique sans le voir encore face a face, enfin de - 3B -
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raimer et prendre ses d^lices en Lui, qu'il nous est agreable et naturel d 'avoir faim et solf de la nourriture et du breuvage necessaires k notre corps et de prendre avec ddlice ces aliments.
La Divine Contemplation est Toccupation incessante et unique des saintes ^mes du Purgatoire, une tr^s sublime et, en m^me temps, extr^mement douloureuse, contemplation. C*est m^me la plus terrible et la plus penetrante de leurs souffrances. Comme elles sont hors de la region des ombres et dans le monde de la pleine lumi^re des purs esprits, elles se trouvent, par le fait m^me, investies d'une merveilleuse connaissance infuse de I'univers et de ses lois, des lois de leur etre propre et personnel, et de leurs rapports k Dieu comme Cr^ateur de toutes choses ; elles ont pleinement conscience que certains actes de leur vie passee fii-
rent en disaccord avec ces lois de Dieu, un desaccord qui les a mises en dettes a regard de la Justice Divine. De plus, elles ont eu, pendant leur jugement particulier, un apergu des amabilites infinies de Dieu en tant que refl^tees sur le visage de Notre-Seigneur. Enfin, elles n'ont plus pour s'occuper, les oeuvres de justice et de charit6 k I'egard du prachain, qui sur la terre leur servaient en meme temps de distraction et de soulagement. Pour toutes ces raisons, les saintes ames ne peuvent plus detourner leur esprit de la contemplation de Notre-Seigneur et de la Divine Essence : d'ailleurs elles n'en ont pas le desir. Elles sont transpercees de la blessure du saint amour de Dieu qui les a frappees comme une fl^che en plein coeur. Elles sont consumees du plus ardent desir de voir face k face, Celui qui est I'objet de leur amour, et de Lui etre r^unies pour toujours. Elles 6prouvent
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une terrible faim et soif du festin de Dieu, pour lequel peut-etre elles n'ont pas eu assez de desir pendant leur pelerlnage sur la terre. Elles se rendent enfin compte, d'une maniere qu'il nous est impossible de concevoir ici-bas, combien le Seigneur est doux ; et elles apprennent par leur propre experience, combien c'est chose terrible que d 'avoir ete faites pour jouir d'un objet si aimable, et, de s'en trouver, par leur faute, eloignees pour un certain temps.
La privation du blen supreme que Dieu est, definitive, irrevocable, entrainant avec elle les plus terribles chatiments, forme I'essence meme de la damnation.
Le crime du reprouve consiste precisement en ce qu'il n'a pas voulu de la Divine Contemplation pendant qu'il etait sur la terre, et que, pendant ce temps, 11 s'est rendu a tout jamais impropre k son . ^p
exercice et au bonheur qui I'accompagne dans le ciel. Par la il a mis Dieu dans la necessite de le rejeter pour toujours dans les tenebres exterieures. (Mathieu, Mil, 12 et XXII, 13.)
Ce n'est pas k dire que les demons et, avec eux, tous les r^prouvds en enfer, ne s'adonnent pas d'une certaine fa^on k la contemplation. Mais quelle horrible contemplation ! — celle de leur propre coeur abominablement souille par le pech^; celle des crimes et des chatiments de tous leurs compag-nons. lis n'ont pas voulu de la contemplation du Dieu d'amour, ils n'ont pas voulu goOter combien II est doux ; il s'ensuit in^vitablement qu'ils devront goCiter rinexprimable amertume de tout ce qui est sdpar6 de Dieu. Apprends et iprouve en toi-nieme combien c'est chose mauvaise et aniere d' avoir abandonne le Seigneur, ton Dieu. (Jen, 11, 19.) Or cette amertume ils I'^prouveront pendant toute
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reternite. L'esprit de I'liomme, tout comme les natures angeliques, est un miroir qui reflete necessairement les choses au milieu desquelles il vit.