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CHAPITRE XVIII

LA LITTERATURE DU BOX DIEU

Si j'avals k tracer le plan d'un cours ideal de saintes lectures en vue de la Divine Contemplation, dans des proportions si vastes et genereuses qu'il puisse servir pour toute la vie, je m'y prendrais de la fagon suivante.

Tout d'abord je voudrais que ce cou»-s de lectures se deroulat autour des Saintes Ecritures, mais arrangees dans un ordie different de celui de la Bible du Concil^ de Trente, dans un ordre qui correspondit aux besoins de Tame contemplative.

La Bible est le livre de Dieu ; c'est meme toute une biblioth^que, toute une litterature a part, distincte des autres et

dont ies oeuvres s'echelonnent sur uof^ p6riode d'au moins deux mille ans, peutetre beaucoup plus, et qui '"emonte jusqu'au commencement de tout ce qui a commence et qui va jusqu'^ la racine de toutes choses ; une litterature dont Dieu Lui-meme est I'auteur, tandls que le> ecrivains humains dont les noms se trouvent en tete de ses divers livres, ne sont que les scribes qui, les uns apr^s les autres, redig^rent ce qu'ils contiennent, sous la dict6e du Saint Esprit : « Spiritu Sancto dictante » nous dit le Concile de Trente ; et, parlant des Traditions Divines en meme temps que des Saintes Ecritures, il affirme que Dieu seul est I'auteur et des unes et des autres : « Cum utriusque unus Deus sit auctor n (Cone. Trid. Sess. iv). Le contemplatif est k la recherche de Dieu : ou done pourra-t-il esperer le trouver mieux que dans les livres de Dieu? lA c'est Dieu qui parle de

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Lui-meme, et de tout ce qu'il fait en faveur de la race humaine tant aimee de Lui, mais si perverse ; et en faveur de chaque dme en particulier.

D'apres le « canon », c'est-^-dire le catalogue officiei, arr^t^ par le Concile de Trente en sa quatrieme session, cette litterature de Dieu se compose de quarantesix livres de I'Ancien Testament et six 11vres et vingt-et-une epitres du Nouveau. Les livres historiques y sont ranges, pour la plupart, selon leur ordre de production, tandis que les livres moraux ou sapientiaux qui appartiennent tous k I'Ancien Testament forment un seul groupe.

Voici dans quel ordre je rearrangerais ces diverses parties de la Sainte Ecriture, pour aider le mystique dans ses efforts a se preparer a la Divine Contemplation.

Je ferais passer le Nouveau Testament avant TAncien. Comme I'Ancienne Alliance est abolie et que nous vivons k prd-

sent sous la Nouvelle, les ecrits de I'Anclen Testament, qui au temps ou ils furent ecrits etaient prophetiques aussi bieti qu'historiques, nous sont utiles maintenant dans notre vie spirituelle, surtout e • tant qu'ils nous pr6sentent des allegories de I'Eglise et du Ciel ; seulement, ce sens mystique qui leur est propre, n'apparait pleinement qu'a la lumiere des divins fivangiles, comme I'ont 61oquemment demontre les P^res de I'ltglise, en particulier saint Jean Chrysotome, saint Gregoire de Naziance, saint Augustin et saint Gr6goire le Grand. Pour ce qui est de la contemplation de Notre-Seigneur, il faut convenir que, dans la splendeur de sa personnalite, telle qu'Elle delate a toutes les pages des Evangiles, c'est bien plutot le Nouveau Testament qui nous donne i'jiitelligence de I'Ancien, que vice versa. A la lumiere du Nouveau, nous decouvrons de I'Ancien Testament, des

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significations qui nous eussent eciiappees, dont nous n'eussions pas eu la plus legere id6e, qui cependant ajoutent considerablement k notre connaissance de Notre-Seigneur, et nous excitent k I'aimer davantage. Sur ce sujet de Temploi des Ecritures pour les fins de la vie mystique, qu'il me soit permis de prier le lecteur de se reporter a ce que j'en ai ddja dit au chapitre X de « Miracle et Mystique ». Nous aurons meme a revenir sur ce sujet dans notre prochain volume sur « la Contemplation chr^tienne ».

Je recommanderais done au contemplatif de lire les livres du Nouveau Testament dans I'ordre qui suit :

1° D'abord I'Evangile de saint Jean : parce que \k, des le premier chapitre, le divin Enseigneur de I'art de I'oraison mentale, nous apparait dans sa pleinc ct vraie personnalit^ de Fils unique de Dieu, de Verbe fait chair.

2° Ensuite I'Evangile de saint Luc :

parce que cet Evangile a jailli des levres et du coeur de la tres Sainte Vierge Marie et qu'il exhale le suave parfum de cette Rose Mystique.

3° Saint Mathieu et saint Marc viendraient apr^s. lis nous donnent peut-etre davantage la physionomie humaine de Notre-Seigneur, sans cependant nous laisser jamais perdre un seul instant de vue sa divinite.

4° Tout de suite apr^s viendrait TApocalypse qui est comme I'Evangile de Jesus ressucite et tronant dans la gloire et, du haut des cieux, presidant au gouvernement de son Eglise sur la terre.

5° Ensuite les actes des Apotres ou nous voyons dans les oeuvres de la Primitive Eglise, Epouse mystique du Seigneur Jesus, le meilleur commentaire de ses enseignements evangdliques.

6° Puis les Epitres Catholiques de saint ^ 266 —

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Jacques, de saint Pierre, de saint Jean et de saint Jude, faisant entendre k cette date reculee, la voix de VEcclesia docens, I'Eglise enseignante, sous la sanction de I'inspiration immediate du Saint Esprit.

7° Enfin les merveilleuses epitres de saint Paul, comme un grand et magistral resumd de I'esprit et de la doctrine mystique de tout le Nouveau Testament.

Quant a I'Ancien Testament, je le repete, pour ce qui est des fins de la Divine Contemplation, il doit venir non pas avant, mais apres le Nouveau. Pour en tirer profit, pour en saisir la portee et en faire I'application k notre pi^t^ individuelle, il faut I'envisager a la pleine lumi6re du Saint Evangile. II faut que !e Verbe-fait-chair darde sur lui, les radons de sa splendeur ; puisque c'est Lui qui donne leur unit^ et leur pleine signification aux Ecritures. ]e siiis I'Alpha et rOmega ; le (premier) commencement

et la (derni^re) fin, nous dit-il dans 1' Apocalypse. (I, 8.)

C'est de moi qu'il s'agit des le dehut du grand livre (des oeuvres de Dieu ;) dit-il encore dans le psaume 39 verset 8. Et de nouveau 1 'Apocalypse nous le montre comme TAgneau qui brise les sept sceaux du livre mysterieux d^pos^ sur I'autel du paradis, (Apoc. v, 8,) et duquel nos Saintes Ecritures ne sont qu'une faible image.

Cela dit, il nous est loisible maintenant de grouper les livres de I'Ancien Testament, comme suit ;

1° Les livres historiques qui se ra;»portent k I'ensemble du Peuple de Dieu et non pas seulement a queJques personnage individuel : le Pentateuque de MoTse (c'est-a-dire les cinq premiers livres de la Bible,) Josu^, les Juges, les quatre livres des Rois, les deux Paralipomenes et les deux d'Esdras. Ces livres dans leur

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signification symbolique, si chere aux P^res de I'Eglise et aux Docteurs du Moyen Age, representent les peripetias du voyage du chretien a travers le desert de cette vie, pour arriver k la Terre Promise du ciel. Appuye sur cet oracle de saint Paul : or done, dans ce qui leur arrivait Us etaient des figures prophetiques de nous-memes ; — or done touies ccs choses leur arrivaient en figures prophetiques de I'avenir : et elles sont eerites pour notre instruetion. (I Cor. x. 6-11) ; — appuye, dis-je sur ces paroles, le contemplatif trouve un merveilleux aliment de sa piete, dans Thistoire du Peuple de Dieu, non seulement k ses debuts, mais tout le long de sa carri^re si accident^e. Pour I'intelligence des Saintes Ecritures k ce point de vue particulier, je recommanderais surtout les ouvrages de Richard de saint Victor (Migne : Patrologia Latina, Tome 196).

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2° Les llvres historiques de Ruth, Judith, Esther, Tobie et Job ; chacun desquels renferme un pr^cieux symbolisme mystique. Ruth c'est Tame du chretien fervent, Booz est la figure de la bont6 infinie de Dieu qui recherche I'amour de sa creature ; Holopherne repr^sente le demon, et Assuerus le roi de gloire. Quant aux livres de Job et de Tobie, je me contenterais d'abord de les faire ^tudier au seul point de vue du sens littoral : car, meme a ce point de vue restreint, ces saints personnages, Job et les deux Tobie et la jeune Sarah , nous representent au vif les epreuves par lesquelles doit passer sur la terre le mystique qui vit dans le monde, dans le saint etat du manage. Ce n'est qu'apr^s cela, comme une deuxi^me maniere d'envisager le meme sujet, que je recommanderaisd'aborderrinterpretation symbolique du livre de Job telle, par exemple qu'elle nous est donnee par saint Gr^-

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goire le Grand dans ses « M or alia ».

3° Voici maintenant le paradis, ou le jardin des delices du vrai contemplatif. II se compose des llvres suivants : Le Cantiques des cantiques (lequel a ete commente en partie par saint Bernard ;, les Psaumes (lesquels ont ete admirablement commentes par saint Bruno, le fondateur de cette grande ecole de saintete, I'ordre des Chartreux) ; Isaie, cet Evangeliste anticipe ; les Proverbes, la Sagesse, I'Ecclesiastique.

4" Paur aider h. pousser encore plus loin la purification et Tillumination de I'ame, je recommanderais TEccl^siaste, J^remie, Baruch et les douze petits prophetes.

5" Enfin Ez6chiel, Daniel et les deux livres des Machab^es devraient etre consid^r^s comme forinant au point de vue historique, une espece de preparation immediate ct de preface au Nouveau Tes-

tament. C'est pourquoi je voudrais que le contemplatif les considerat comme figurant symboliquement les approches du second av6nement de Notre-Seigneur, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts et inaugurer la celebration de ses Noces 6ternelles avec son Epouse mystique, la Nouvelle Jerusalem des Bienheureux r^ssucit^s. Les guerres des Machab6es servent admirablement k montrer le courage heroTque qui s'imposera sur la fin du monde, au tout petit nombre des fiddles, dans leur resistance k I'Antechrist ; ev^nement qui peut n'etre pas tr^s eloigne de nous.

Telle serait notre Bible des contemplatif s. Bien entendu il n'est nullement r^quis que I'ordre actuel des livres soit boulevers6. Chacun est fibre de les lire dans I'ordre qu'il pr^f^re, sans avoir besoin d'une edition sp6ciale sur le plan que nous venons d'esquisser.

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Aux pr^tres comme aux laiques qui lisent leur Bible dans le texte latin, je recommande de preference k toutcautre I'edition de la Vulg-ate de Monsieur Pillion, de Saint Sulpice. (Paris, Letourzey et An6), parce que, tout en retenant I'ancienne division en chapitres et versets, necessaire pour les references, il a trouv^ moyen de bien faire ressortir I'ossature naturelle des matieres et de souligner la difference qu'il y a entre la prose historique et les effusions poetiques rythm6es des prophetes. Mis sous nos yeux avec cette clarte, la parole inspir^e de Dieu prend un aspect inattendu tr^s frappant. Je consid^re comme un coup de g6nie de la part du savant Sulpicien de nous avoir 6tabli de cette sorte le texte de la Bible. N'efttil fait que cela dans le vaste champ des etudes bibliques (ce qui d'ailleurs est loin d'etre le cas) il eftt richement m^rite la reconnaissance de tous les amants de la Contemplation chr^tienne. — 18.

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Parole Divine. D'apr^s mon humble opinion, cet ouvrage qui a ddpass^ sa sixi^me Edition meriterait d'etre connu et repandu dans le monde entier, et deviait ' ^tre entre les mains de tous les pr^tres et de tous les etudiants eccl^siastiques.

Pour ce qui est de I'esprit dans lequel on doit faire cette lecture assidue ^es Ecritures, il est k peine necessaire de recommander que Ton n'entre dans le champ des Ecritures que pour y d6couvnr et en extraire le message d'amour divin qa'il contient, et pour en faire part au monde. Celui,quel qu'il soit, qui perd de vue cette fin est un insens^. O mon Dieu qu'il ebt done grand, aujourd'hui, le nombre des insenses, qui travaillent sur les Saintes Ecritures dans une vue purement naturelle ! lis sont savants, ^rudits, dou6s du talent de la parole et de la plume, et cependant insenses.

Le fervent chretien est aux antipodes

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du moderniste. II ne se pique point d'hypercriticisme. Cela ne I'empeche pas d'etre un critique aussi exact, severe et consciencieux que qui que ce soit, aux heures ou il etudie pour lui-meme le cote scientifique des Saintes Ecritures ou qu'il se prepare k Tenseigner aux autres. Mais quand il lit pour son edification, pour le bien de son ame, et pour rendre de plus en plus etroite son union k Dieu ; en un mot, quand il lit expressement en vue de la Divine Contemplation, alors il lui suffit de savoir que le canon des livres inspires a ete arr^t6 d^finitivement par le Concile de Trente, et que la m^me autorite irrefragable a d^cid^ que le texte de la Vulgate, tel que nous le possddons, est le texte officiel et parfaitement suffisant dans la pratique. Ce n'est pas lui qui prendra pr^texte de la tache hercu- 16enne entreprise par la Commission Biblique, pour mettre de cot^ I'etudc des

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Saintes Ecritures et qui dira, comme je I'ai entendu de mes propres oreilles :

« Oh ! je vais attendre pour me mettre k cette etude que toutes les difficultds aient 6t^ resolues. A quoi bon faire quoi que ce soit avant que cela ait ete accompli? »

On pourrait tout aussi bien dire :

Oh ! avant de me mettre a pratiquer ma rehgion, j'attendrai que toutes les difficultes soulevees k son sujet par la science, vraie ou fausse, aient ^te resolues. » Nous ne verrons jamais la fin des objections ; cependant nous avons h. vivre et il nous faudra mourir ; nous avons k nous assurer la bienheureuse ^ternit^. De m^me nous pouvons tenir pour certain que nous ne verrons point la fin des travaux de la Commission Biblique. Elle continuera de rendre k intervallcs, ses savantes decisions, Jongftemps apr^s que nous aurons disparu : par consequent

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nous ne saurions attendre. Sans plus tergiverser, prenons en main notre Bible, ce livre de Dieu, tel qu'il est, tel qu'il nous est pr6sente par I'Eglise, et conten tonsnous de nous en servir tel qu'il est, car c'est bien a ce livre, tel qu'il est k present, que s'appliquent les paroles de saint Paul : Toute ecriture inspiree de Dieu pent servir a enseigner, a corriger, a redresser, a instruire de la justice ; ajin d'amener Vhomme de Dieu jusqii'a la perfection et de Veqiiiper pour toutes les bonnes ceuvres. (II, Tim, iii, 16-17.)

Le moderniste ne trouve pas Dieu dans les Saintes fEcritures qu'il manie avec tant de temerite et d 'irreverence : et ce.pendant Dieu s'est inscrit dans ces p.ige& et desire qu'on I'y cherche et qu'on I'y trouve. Mais la verit6 est que le moderniste ne cherche pas Dieu et /le souhaite nullement de le rencontrer : ce qu'il cherche c'est tout simplement sa sotte per.

Sonne k lui,son petit etre lilliputien, dont il est idolatre et que volontiers il proposerait k la place de Dieu, k I'ado ration du monde entier. Gependant k celui qui recherche Dieu avec simplicit6 et amour, Dieu se revMe dans les Saintes Ecritures. La revelation contenue dans les Saintes Ecritures et les Traditions Divines reunies ensemble, forme un abtme de lumi^re insondable, dans lequel I'oeil spirituel de Thomme ne p6n^tre qu'k une tr^s petite profondeur. Cela doit nous suf • fire cependant. Nous y sentons la presence de Dieu,icachee,et,en m6me temps, ^clatante. Notre Seigneur J6sus Christ et la tr^s Sainte Trinite sont pr6sent6s ainsi k notre contemplation de la mani^re la mieux appropri^e k la faiblesse de notre condition pr^sente. A I'aide dcs saintes lectures et des meditations pieuses, nous obtenons d'entrevoir la f range du v^tement de gloire de notre Dieu, de nous

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en saisir et de la baiser avec transport : alors nous nous prenons k soupirer apr^s I'heure bienheureuse ou, toutes nos entraves etant brisees, tous les voiles d^chires, tous les brouillards dissipes, nous verrons enfln Celui que nous aimons, face k face, dans la pleine et enti^re splendeur de sa saintet6 et de sa bont6 infinies. O Dieu !. Amour !. Quand done cela serat-il?

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