CHAPITRE XX
LES OUVRAGES DBS SAINTS
Une fois les Saintes Ecritures posees comme le fondement m6branlable de toutes nos lectures et meditations en vue de la Contemplation de Dieu ; comme !-;:
centre autour duquel elles se deployeront et auquel elles se rapporteront et se relieront etroitement ; comme le cadre dans lequel elles trouveront leur place et seront dispos^es avec ordre, notre contemplatif sera bien insplr^ si, en outre des livres liturgiques, il se compose un choix des meilleurs ouvrages Merits par les Saints et autres pieux personnages, sur ce sujet de nos rapport avec Dieu. Car, quoiqu'ils ne puissent se r6clamer de I'ins- — 300 ~
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piration proprement dite, il est certain qu'ils ont du moins joui du secours de la grace de Dieu dont ils nous parlent avec tant d'onction.
Quant k la mani^re de se servir de leurs livres, je voudrais que Ton suivlt la reg-le d6ja indiquee au sujet des m6thodes d'oraison : que Ton choisit ceux d'entre ces livres qui vont k notre disposition pr^sente, que Ton s'en servlt aussi long-temps que Ton sent qu'ils nous aident, et pas plus longtemps. D6s qu'un livre,si bon soit-il, aura cess6 de nous toucher, d'eveiller et de retenir notre attention, de stimuler notre volont^, on devra le mettre de cot^, au moins pour le moment. Plus tard, peut-etre, vous vous sentirez incline k y revcnir, et alors vous le goCiterez davantagfe et en p6n^trerez plus profondement le sens. Les livres sont des amis d^sint^ress6s et d'un bon naturel : ils ne se f^chent pas si on les met
LA CONTEMPLATION CHRJSTIENNE
dans un coin pour quelque temps ou pour toujours ; ils ne portent pas rancune de Toubli r^el ou apparent, auquel nous les avons condamnes pendant des annees peut-etre : toujours pr^ts k verser de nou- \eau leur tr^sors ont::-c nos mains, dkn que nous les en prions.
Voici une autre precieuse application de la r^gle mentionn6e plus haut. D^s que vous vous sentirez sollicite par I'esprit de pri^re, suspendez votre lecture et suivez I'inspiration du Saint Esprit, dans quelque direction qu'il vous m^ne et aussi longtemps qu'Il Lui plaira. Car, dit Notre Seigneur : L'Esprit souffle ou il veul ; vous entendez sa voix, mais vous ne saves ni d'oii il vient ni oil il va. (Jean. Ill, 8). Cela ne ferait pas I'affaire, de dire au Saint Esprit d'attendre que nous ayons fini la pagf que nous avions I'intention de lire, ou de lui assigner une autre heure pour ses inspirations. C'est au serviteur
LES OUVRAGES DES SAINTS
de saisir au vol, pour ainsi dire, et de suivre sur le champ les lumieres et les mouvements interieurs de ce Maitre, qui est en meme temps notre Hote divin.
Voici, done, en guise d'accompagnement necessaire de notre Bible du Contemplatif, une liste de quelques livres ecrits par des saints oil pardepieuxauteurs, et qui nous semblent propresa aider I'dmefervente dansses efforts k se preparer de loin k I'oraison mentale, soit discursive, soit affective.
En outre des livres des Saints, semblables a ceux que j'ai mentionnes au chapitre pr6c6dent, qui ont pour objet I'interpr^tation des divers livres de la Sainte Ecriture et qui certainement suffiraient a former une immense biblioth^que, je recomanderais un choix de livres presentant une vue d'ensemble de la Doctrine Catholique, solide, et lumineuse, tels que par exemple les suivants :
Le Catechisme du Concile de Trente.
U Enchiridion Symholorum de Denziger.
La Symholique de Mohler.
Les Catecheses de saint Cyrile de Jerusalem.
Epitome Institutionum Divinarutn de Lactance.
Enchiridon de Fide Spe et Charitahe de saint Augustin.
Opusculum II et IV de saint Thomas d'Aquin.
Breviloquium de saint Bonaventure.
Le Traite de Vamour de Dieu de saint Frangois de Sales.
Le Discours sur VHistoire universelle, de Bossuet.
Medulla animae seu Institutiones , de Tauter.
Apr^s cela viendrait un choix de c^s autres livres qui sont autant d'exemples concrets d'oraison, soit discursive soit
LES OUV RAGES DES SAINTS
affective, et qui par consequent peuvent vervir d 'introduction pratique a Tart de converser familierement avec Dieu. Tels sont, entre beaucoup d'autres :
Les Confessions, Meditatiofis et Soliloques de saint Augustin.
L^ Imitation de Jesiis-Christ, surtout les livres III et IV.
Le livre des Exercices de la Vie Spirit iielle de Cisn^ros, de Montserrat.
Le livre des Exercices de saint Ig'rtace.
Les Elevations a Dieu du Pere Vincent Carafa.
Via Compendii ad Deum du Cardinal Bona.
L'Insiruction spirituelle de Louis de Blois.
Le Paradis de Vdme de Mello Horstius.
Les Sept meditations sur le Pater, de sainte Ther^se.
Ce n'est qu'.^ la suite de cette collection que je ferais venir les traites speciaux sur
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rOraison ; parce qu'il me semble que cet art ne s'apprend pas d'abord par le moyen de regies et de la theorie, mais par la pratique et I'expdrience. Ce n'est qu'apr^s qu'on aura d6but^ et fait quelque progr^s dans la Divine Contemplation, que Ton pourra tirer un s^rieux profit de trait^s sp^ciaux, comme par exemple ceux qui suivent :
Scala cceli de saint Jean Climaque.
La theologie Mystique du Pseudo ar^opagite.
De Considiratione de saint Bernard.
Benjamin Minor de Richard de saint Victor.
Itinerarium mentis ad Deum de saint Bonaventure .
Pratique de Vamour de Jesus de saint Liguori.
L'art de mediter par saint Pierre d 'Alcantara.
LES OUVRAGES DES SAINTS
Le Royaume des Amants de la Divin'lte par Ruysbroeck.
L'adoration de Dieu en esprit et en verite par le P^re Nieremberg.
De la connaissance de Dieu et de soimeme par Bossuet.
Pratique de VOraison mentale par le Venerable P^re du Pont.
De Summo Bono (Liber IV) par Lessius
La Doctrine spirituelle du P^re Lallemant.
La Mystique et la Perfection chretienne par I'eveque de Bruges, Mgr Waifelaert.
Prayer and Contemplation du regrette Mgr Hedley.
Chacun de ces livres est un vrai joyau, contenant sous un volume tr^s restreint une riche doctrine. Chacun d'eux peut nous rendre un double service rpremi^rement nous faire comprendre de plus en plus parfaitement en quoi consiste la Divine Contemplation ; et deuxi^mement
LA CONTEMPLATION CHliETlENNE
nous alder a penser a Dieu, k nous serrer amoureusement centre Lui et h. commencer k nous entretenir coeur k coeur avec Lui.
Enfin, sig-nalons aussi certains recueils de prieres toutes faites et qui sont d'une grande efficacitd pour enfiammer les coeurs du feu du divin amour.
Outre les recueils des priferes officielles de I'Eglise qui se trouvent dans les livres liturgiqiies, surtout le Missel et le Br4viaire, et qui sont certainement les meilleures de toutes, je recommanderais encore les suivants :
La Racolta, recueil officiel des prieres auxquelles TEgflise a attach^ des indulgences.
Les Prieres de sainte Gertrude et de sainte Mechtilde.
La deuxi^me partie du Livre de Gerson : De Mendicitate Spirituali.
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Les visiles au ires Saint Sacrcment de saint Alphonse Liguori.
De Laudibus superlaudahiJis Dei de Denis le Chartreux (Opera minora tome II).
De Laudibus Sanctissimae Trinitaiis, du meme (ibid, tom.e III).
Exercices spirituels de Dom Michel de Coutances, Chartreux.
Igniarium Divini Amoris de Louis de Blois.
Devout Exercices par Dom Augustin Baker, a la fin du recueil intitule Holy Wisdom.
Les Poesies de la Bieuheureuse Soeur Tkerese de VEnfant Jesus, en appendice a VHistoire d'line Ame.
La Vie et les Leitres de Marie Eustelle Harpin (I'Ange de TEucharistie).
Ce sont la quelques uns d'entre les nombreux livres d'une excellente doctrine spirituelle que nous pourrions citer :
mais il faut se borner. D'ailleurs, j'ai bien I'intention, en avan^ant dans ce travail, de donner d^sormais k I'occasion, une llste suffisante des bons ouvrages touchant le sujet qui nous occupera. Toutefois qu'on ne s'attende pas a trouver ici Ce que Ton est convenu d'appeler la bibliographic d'un sujet. Je me suis apercu depuis long-temps de Tinutilite, pour ne rien dire de plus, de ces longues listes de livres, essais, articles de revues, composes par toutes sortes d'ecrivains, comp6tents et incompetents, bons, mauvais ou indifferents, qui ont ^crit sur le meme sujet, et de la confusion qui en r^sulte dans les esprits.
Nous nous proposons d'^clairer notre lecteur et non pas de le jeter dans la perplexity et les t6n6bres. Les livres que je m'aventurerai k recommander, je puis assurer qu'ils sont bons et k la question. Je les ai lus, pour la plupart plus d'une fois
LES OUVRAGES DES SAINTS
et la plume k la main, afin de leur arracher leur secret, en vue de mon bien propre et personnel, et afin de pourvoir aux besoins spirituels des ames qui me sont confines.
Que personne ne s'effraye des vastes proportions que prend 66]k le programme de saintes lectures que nous ne faisons que de commencer d'esquisser. Certes, il ne saurait etre question, pour qui que ce soit, de lire tout cela d'une traite ou dans un espace de temps determine.
C'est un programme ou catalogue pour aider chacun k faire son choix des lectures qui lui conviennent. D'ailleurs une vie d'homme est un espace de temps assez considerable. II est bon de prevoir des annees de secheresse et de famine, et d'y pourvoir d'avance en remplissant ses greniers d'une grande abondance de provisions. Apr^s les anndes d 'abondance du songe de Pharaon, vinrent les sept annees
d 'extreme disette. De meme dans Tordre spirituel, apr^s les douceurs et les consolations du debut d'une vie sainte, il peut survenir une periode d'aridit6 et d'impuissance, ou il paraitra impossible de produire aucune sorte d'oraison soit discursive soit affective, et ou Dieu Luimeme semblera s'etre retir^ de cette pauvre ame desolde. Alors il lui faudra revenir, humblement et laborieusement, aux saintes lectures et meditations, et le contemplatif saura d'autant mieux surmonter les difficultes du moment, qu'il se trouvera plus familiarise avec les Saintes Ecritures, les livres liturgiques et les ouvrages des Saints.
Le Chretien lui-meme qui ne salt pas I'alphabet peut lire beaucoup ou s'en procurer 1 'equivalent. Comment cela?
D'abord en 6coutant ceux qui peuvent lui faire des lectures ou des discours sur les divins myst^res. Ensuite, n'a-t-il pas
LES OUVRAGES DES SAINTS
SOUS les yeux, si seulement il salt y faire attention, le livre merveiiieux de la creation? et n'a-t-il pas entre les mains, s'll ie veut, ce merveiiieux abrege de toutes les oeuvres de Dieu, le saint crucifix? II y a des personnes qui sont loin de se trouver a plaindre au point de vue spirituel, de ce qu'elles ne savent pas lire. Je I'ai souvent constate dans mon minist^re.
Qu'ii me soit permis d'en citer un exemple en particuller, qui remonte a quelques annees.
Je remplacais, pendant quelque temps, dans ses fonctions, le chapelain d'une conimunaute de religieuses. Apres la confession, j'imposai a I'une d'elles, pour penitence de reciter les litanies du Saint Norn de Jesus. C'etait una soeur converse d'un certain age. A ma grande surprise, clic me demanda de vculoir bien lui donner une autre penitence, vu qu'elle ne savait pas ces litanies par cceur et qu'elle — 3^3 —
ne savait pas lire et ne connaissait gu^re plus que le Notre P^re et le Je vous salue Marie. Tout en acc6dant a sa demande, je lui fis quelques questions et d6couvris que, malgr6 son peu de science au point de vue humain, elle 6tait bien I'une des personnes les plus vers^es dans Tart de s'entretenir avec Dieu, que j'eusse jamais rencontr6es. Son cas m'int6ressa vivement : Je lui fis subir une sorte d'examen et 6crivis ses r6ponses pendant qu'elles dtaient encore fraiches dans ma m6moire. Sa joum6e, du matin jusqu'au soir se passait rdellement dans un entretien ininterrompu, tout simple et familier, avec le bon Dieu. En faisant la litiere des betes, en bechant le jardin, en allant et venant pour le service de la maison, cette soeur ne s'aretait pas de parler k Dieu et de r6couter Je la priai de me r6p6ter ce qu'elle disait au bon Dieu. Elle me r^pondit : « Je ne me lasse
LES OlfVRAGES DES SAISTS
jamais de Lui rdpeter : Seigneur, mon Dieu, je suis votre humble servante. O doux J6sus je suis votre petite spouse. Mon Dieu, soyez toujours avec moi !
Soyez-moi toujours tout en tout ! Seigneur Dieu, nettoyez-moi bien en dedans, comme un vase, et alors remplissez-moi de Vous. Quand je monte un escalier : Mon Dieu faites-moi gravir les degr^s de la perfection, selon votre sainte volont6. En descendant les marches : Seigneur, veillez a ce que je ne descende pas au p^chd et de 1^ dans I'abime de la damnation eternelle. Quand je rencontre I'un des ouvriers : Seigneur, je vous en prie, voyez k ce que cet homme ne perde pas son ame par le p^ch6, et ne devienne pas un r6prouv6. Et puis, tout en faisant mon travail, je dis autant de Notre Fhre et de Je vous salue Marie que je peux et beaucoup d'oraisons jaculatoires. La journ^e est trop courte pour tout ce que je voudrais
LA CONTEMPLATION CHIlSTIENNE
dire ; incis je m'cveille la nuit et me remets aussitot a prier. C'est si bon ! -v
Cette sainte religieuse converse n'avait pas I'air de se douter que Dieu operat de grandes choses en elle. Je decouvris aussi que, avec I'instinct merveilleux de I'humilite, dans ses rapports avec les autres, elle 6tait aussi reticente et reservee sur le sujet de ses graces d'oraisons, qu'elle avait ^te simple et ouverte avec moi lorsqu'il s'etait agi de m'en rendre compte comme a son p^re spirituel.
Avant de clore ce chapitre, donnons un dernier avis au sujet des saintes lec^ tures. L'homme spirituel doit se tenir en garde contre la tentation subtile d'en -ayriver peu k peu h. faire de la lecture une fin pour elle-meme ; car alors elle deviendrait un obstacle a la Divine Contemplation, au lieu d'etre un aide. Ce danger n'est pas imaginaire. Qui de nous n'a pas quelquefois rencontre le liseur insatiable,
LES OrVRAGES DE5 SAIMS
cbez qui devorer des livres est devenu une passion, une manie, un appetit morbide? II n'a pas plutot commence un livre qu'il doit se hater de le finir : et il ne I'a pas plutot acheve qu'il lui en faut en autre, et apres celui-la un autre, et ainsi de suite sans treve ni repos. 11 lit par entrainement. II lit pour le plaisir de lire. Impossible dar:- de pareilles conditions, de viser a son profit spirituel ou de Tobtenir. Cet homme est devenu une machine-klire. II se peut qu'il devienne un erudit ; un ccnteiTiplatif jamais !