‹ La contemplation chrétienneChapitre 7 sur 45 · Oraison miraculeuse · texte numérisé non relu

Oraison miraculeuse

Nous d^crirons chacun d'elles en son lieu et place.

II est k noter qu'^ chacune de ces Stapes successives, la part d'activit^ qui emane de Dieu grandit, tandis que la part de I'homme semble diminuer parce qu*elle se fait de plus en plus spirituelle ; et sa

Contemplation chr^tienne. — 5.

LA CONTEMPLATION CHRSTIENNE

jouissance grandit en proportion, quoiqu'elle devienne de plus en plus secrete, hors de la sphere d 'observation des autres hommes et jalousement soustraite k leur curiosity indiscrete. Secretum meum mihi, (Isai'e, XXIV, i6) ; « Je garde mon secret, » dit le mystique, de m6me que la tr^s Sainte Vierge garda le grand secret de r Incarnation enferme dans son coeur, jusqu'^ ce qu'il plut k Dieu de le r^ve^ler k saint Joseph.

II est k peine n6cessaire de faire remarquer que cet element nouveau, qui se trouve dans la contemplation chr^tienne, echappe k I'attention des 6crivains non catholiques, lorsqu'ils traitent de la Mystique. Comme ils n'ont jamais connu par leur propre experience la part active et preponderante que Dieu, daft*^ son amour, apporte dans la vie k deux qu'il veut bien vivre avec le chr^tien, il ne faut pas s'6tonner de leur silence k son sujet. Ce

LA CQMEMPLATION CBmTJEN\'S

qui nous surprend k bon droit, et nous inspire un sentiment d'indignation, c'est de trouver des ^crivains catholiques montrant une egale ignorance des voies de Di^u.

11 y en a qui traitent de la Contemplation Divine comm.e si c'etait Toeuvre de I'homme et rien de plus. lis ont introduit dans la piete moderne une contemplation seche et sterile, absolunient deconcertante, beaucoup plus propre a d^jouer la fin qu'elle se propose d'unir Tame k Dieu, qu'^ la promouvoir. lis semblent dire au Dieu d 'amour qui est dispose k jouer son role et agir avec eux et desireux de le faire : « Non, non, Seigneur : s'il vous plait, laissez-moi faire, Ne vous en m^lez pas. Je vais devider I'echeveau de mon oraison dans ma tete, Tout ce que je vous demande c'est que vous vouliez bien poser devant moi. Laisyv7.-moi voir tout a mon aise votre Divine

Majeste. Je suis le peintre et c'est votre image que je veux reproduire sur la toile tendue de mes facultes. »

Est-ce assez impertinent ?

Et tandis que cet homme s'imagine follement etre en train de contempler Dieu, il est en realitd bien plus occupy k se contempler soi-meme, admirant et felicitant sa sotte personne d'etre si habile. Mais il est bien vite arr^td dans cette voie. Dieu refuse de poser devant lui. Dieu ne consent pas a la contemplation dans ces termes-1^. Dieu se derobe aux regards de ce tem^raire. Alors survient le decouragement. Ce chretien presomptueux et mal avise abandonne I'entreprise et en vient bientot k ne plus vouloir entendre parler de Divine Contemplation. Le nom m^me d'oraison mentale aura le don d'exciter son ressentiment, comme si Dieu s'^tait comport^ injustement k son egard.

Qui done est k blamer dans cette equipee? Ce n'est certainement pas Dieu qui est tout amour. Ce a quoi il faut s'en prendre, c'est k la m^thode, au procede cerebral que Ton a juge bon de suivre, c'est surtout a ceux qui inculquent cette methode, quels qu'ils soient, et k ceux qui se mettent k leur remorque. Au lieu de consentir k voir dans la contemplation chretienne ce qui s'y trouve, k savoir un entretien vif et vivant et de coeur a coeur avec Dieu, ils en ont fait une affaire de raisonnement, un pur entretien avec soimeme. Aussi ne faut-il pas s'etonner qu'on n'y trouve en fin de compte aucune satisfaction.

Ne nous lassons pas de repeter que la contemplation chretienne est une oeuvre k deux, un acte de la vie de famille avec Dieu, un acte ou Dieu veut etre de moiti6 et davantage encore. Par les merites de J^sus-Christ et I'efficacit^ des sa-

crements, nous sommes entres dans la famille divine. Or tout enfant bien n6, bien 6leve, embrasse ses parents ch^ris au moins deux fois par jour, matin et soir, leur donnant et recevant d'eux, ces t6moignage d 'affection delicate qui le marquent authentiquement comme membre de la famille et grandement aime.

Je voudrais a present esquisser k grands traits la journee iddale d'un simple Chretien dans le monde, au point de vue de la Contemplation Divine.

Cette journde commence par la fervente offrande de son coeur k Dieu d^s le rdveil, et la pri^re du matin, suivie autant que possible d'un quart d'heure de meditation, et peut-^tre m&me de la sainte Messe et de la Communion.

Apr^s un pareil commencement, le chrdtien peut regarder bien en face et embrasser joyeusement sa journee de travail.

L'Angelus de midi et le ^enediciie

LA CONTEMPLATION CHRSTIENNE

avant le repas et les Graces apr^s, lui sont autant d 'occasions de lever les yeux sur son Pere Celeste, de baiser sa main bienfaisante et de Lui dire quelques paroles d'amoun Peut-etre trouvera't-il moyenj ^ ce moment-la, de glisser une visite de surprise au Tres Saint Sacrement, ou bien une dizaine de chapelet, ou encore, un quart d'heure de lecture edifiantc.

Peut-etre aussi, entre le dernier Aiig-elus et la priere du soir, trouvera-t-il moyen de lire pour lui seul ou pour toute la famille assemblee autour de la table ou devant I'atre, un beau chapitre de la vie des Saints, tire de livres tels que la Legende Doree de Jacques de Voragine, ou les Fioretii de saint Francois d'Assise, ou cette merveilleuse collection en sept volumes publiee par I'Abbe Grimes, sous le titre de I'Esprit des Saints, et qui forme k elle seule une parfaite biblioth^que spirituelle.

De plus, tout le long du jour, k tra- \ers ses mille occupations diverses et le travail de ses mains et de son cerveau, le bon chr6tien saura s'arranger de mani^re k respirer k pleins poumons le parfum de la presence de Dieu, k ecouter et k saisir les secretes inspirations de sa grdce, enfin k assaisonner tout ce qu'il fait avec roffrande d'oraisons jaculatoires.

Certes iJ ne devrait pas etre difficile d'executer un pareil programme. II est idealement simple, et dans les divers pays catholiques que j'ai visit6s, je I'ai vu accomplir par de simples chretiens qui vivaient dans un milieu favorable a la santd des corps et des esprits. Mais, helas ! nous sommes bien obliges d'avouer que les conditions generales de la society tendent de plus en plus k rendre impraticable, meme une disposition si rationnelle de sa journee et une part si mod^ree faite »- 72 —

LA CONTEMPLATlOy CHRETIESyE

a Dieu. Tout d'abord, on ne peut plus se retirer a I'ecart. Desormais, presque tout le monde, presque des les plus tendres annees, se trouve englouti dans une enorme foule de compagnons d'etudes, de compagnons de travail, de compagnons de chambree : c'est a peine si Ton s'appartient. D'autre part les conditions du travail sont devenues tellement inhumaines : on est saisi comme dans un ensure -^ nage et absorbe dans un labeur tout nv.'canique, d'une exigence effrayante ; c'est au point que la tete toume, et Ton se sent prive de la liberte d 'esprit requise pour la jouissance intellectuelle ou pour la pri^re. Dans de semblables conditions, meme apres que le travail a cesse, il se fait un affaisement dangereux de tout I'etre moral.

Tout de suite apres celui des pretres et des religieux, surtout des Ordres contemplatifs, le genre de vie qui se prete

le mieux a la contemplation chrdtienne est celui des travailleurs de la terre. On peut bien s 'eerier avec Virg-ile, mais en donnant k ses paroles une signification plus haute : « Qu'ils sont heureux les travailleurs de la terre si seulement ils appreciaient leur bonne fortune ! » Apr^s eux viennent ceux qui ont des occupations purement manuelles que Ton peut exdcuter chez soi et qui lalssent Tesprit libre, en sorte que Ton peut donner avec amour beaucoup de son attention k Dieu. Oserait-elle s'appeler chr6tienne, la personne dans la vie de laquelle c'est k peine si Dieu, et la pensee de sa presence, et une aimable conversation de quelques minutes avec Lui, peuvent trouver place?

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