Lettres, t. I, p. 21 (éd. Pion
4. H. BnÉMONn, Histoire littéraire du sentiment rcli<jieux en France, t. II, p. 05.
l'élément fondamental de l'état mystique 147
sophique, tantôt c'est le fruit d'une simple représentation Imaginative. Mais il s'agit toujours en réalité des fonctions premières de nos facultés spirituelles, de l'intuition primitive de l'être, de ce vouloir foncier du bien, qui précèdent chez nous tous les raisonnements, toutes les délibérations, et qui en sont la source. Le mystique reçoit ce don de voir et de sentir que Dieu lui-même se cache sous cet être et ce bien auquel nous tendons instinctivement. De transitoire qu'il fut d'abord, cet état d'âme peut un jour devenir comme habituel et persévérer à travers les occupations diverses : « Mon âme demeure dans son centre qui est Dieu, écrit la vénérable Marie de l'Incarnation, ursuline, et ce centre est en elle-même où elle est au-dessus de tout sentiment. C'est une chose si simple et si délicate qu'elle ne se peut exprimer. En cet état on peut parler de tout, on peut lire, écrire, travailler, et faire ce que l'on veut, et néanmoins cette occupation foncière demeure toujours, et l'âme ne cesse point d'être unie à Dieu ^ »
Oui, comme les autres cherchent plus ou moins consciemment, en toutes leurs démarches, le bonheur qui leur manque, cette âme privilégiée aspire nettement à la possession de Dieu luimême et, sans avoir besoin de réfléchir, elle sent que tel acte l'y conduit et que tel autre l'en détournerait ou la retarderait seulement. Elle marche à sa fin dernière dans la voie droite, et toute sa vie se déroule en bon ordre sous la lumière de Dieu. « D'après cela, dirons-nous avec saint Jean de la Croix, il est possible de se faire quelque idée de cet embrasement d'amour dans l'esprit, dans ce centre où Dieu fait converger toutes les forces, puissances et appétits de l'âme, spirituels et sensitifs, en une harmonie puissante n'ayant d'autre objet que son seul amour. C'est ainsi que l'âme en arrive à accomplir réellement le premier précepte du Décalogue qui exclut tout amour propre : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force ^. »
Dieu touche l'homme, qui se rend à lui : « Dicit ei Jésus : Maria ! Conversa illa dicit ei : Rabboni ! » Dans l'acte mystique
1. Vie de la V. M. Marie de l'Incarnation... par l'abbé Chapot, 1. 1, p. 151.