La Nuit obscure, l. II, ch. xi
que ces deux mots représentent si bien, il n'y a pas deux mouvements consécutifs, l'un de Dieu à l'âme, l'autre de Tâme à Dieu, une grâce qui excite seulement tout d'abord, suivie d'un mouvement de l'homme qui se détermine et se donne ; mais un seul mouvement à deux aspects où Dieu, seul moteur, attire toute l'âme, où l'âme, toute mue, aime son Dieu. Mens nostra est mota et non movens, solus autem Deas movens.
C'est pour mieux faire comprendre cette activité d'un genre tout spécial que saint Thomas compare l'âme dans ces conditions à un instrument de Dieu i, ou bien nous dit qu'elle est menée par instinct à la façon de l'animal ^. Mais il ne faut pas s'y tromper et prendre ces analogies au pied de la lettre, croire par exemple que cette activité spéciale se distingue de l'ordinaire, comme l'opération de la cause instrumentale proprement dite diffère de celle d'une cause seconde. Quand il y a liberté il ne saurait être question d'instrument à proprement parler, pas plus que de pur instinct animal. C'est la doctrine que saint Thomas rappelle aussitôt, pour qu'on ne s'y méprenne pas ^. 11 n'en reste pas moins que ces comparaisons, par le côté où elles sont exactes, projettent une clarté singulière sur la nature de ces mouvements d'âme. L'instinct principalement peut devenir une analogie féconde.
Il vaut mieux toutefois essayer de décrire en elles-mêmes ces touches divines, car elles sont vraiment d'un ordre à part. Nous nous y sommes appliqués. Tout ce que nous avons dit peut se résumer en ces mots qui sont de Bossuet, dans son Instruction sur les États d'oraison : « L'âme se donne, comme l'épouse se donne à l'époux, elle se donne aussi librement que Dieu se donne à elle, parce que Dieu élève l'action du libre arbitre en son plus haut point, afin de se faire choisir plus parfaitement *. »
Jean de Saint-Thomas, très réaliste aussi, compare cette grâce à un baiser de Dieu à l'âme, un baiser où l'âme est comme