‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 109 sur 227 · J Sent d 15 qu. 4, a 2, ad · texte numérisé non relu

J Sent d 15 qu. 4, a 2, ad

l'élément fondamental de l'état mystique 155

l'inférence peut être si rapide qu'abrégeant tout naturellement il dira : « Je sens Dieu. » Saint Thomas, après Denys, fait l'éloge de Hiérothée qui fut tout à la fois théologien et mystique. Il avait appris par l'étude la science spéculative de la divinité, mais il sentait aussi l'impression de cette divinité au dedans de lui. Non solum discens, sed et patiens divina ^

De même saint Bernard. Dans un de ses sermons sur le Cantique, il en appelle ainsi à son expérience personnelle pour décrire les visites de l'Époux. « Le Verbe est venu en moi... Je suis insensé de raconter ces choses... mais cela s'est produit, et plusieurs fois. J'ai senti sa présence. Je me souviens qu'il était là. Parfois, j'ai pu pressentir son arrivée, mais jamais je n'ai pu sentir son entrée, pas plus que sa sortie. ,, Et j'ai connu que c'était vrai ce que j'avais lu, savoir qu'« en lui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes ».

« Mais vous demandez comment je peux connaître la présence de celui dont les voies sont impénétrables. Sitôt qu'il est présent il réveille mon âme endormie ; il meut, il amollit, il blesse mon cœur dur comme la pierre et malade ; il se met à arracher et à détruire, à édifier et à planter, à arroser ce qui est sec et aride, à éclairer ce qui est dans les ténèbres, à ouvrir ce qui est fermé; à réchauffer ce qui est froid, à redresser ce qui est tortueux, à aplanir ce qui est raboteux. Et ainsi, quand l'Époux entre dans mon âme, je reconnais sa présence, comme je vous l'ai déjà dit, au mouvement de mon cœur 2. »

L'âme mystique ne s'arrête pas à ces quelques manifestations de l'action divine qu'elle expérimente. C'est tout l'être de Dieu que son amour embrasse. Car, on le sait, la tendance d'amour procède bien autrement que les facultés de connaissance. Celles-ci ne perçoivent les objets que selon la représentation qu'elles en portent ou qu'elles en reçoivent conformément à leur nature propre, tandis que les puissances affectives appliquent l'âme aux réalités selon ce qu'elles sont en elles-mêmes ^. Il s'ensuit qu'on peut aimer plus qu'on ne con-

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