‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 110 sur 227 · I» Ilae, qu. 22, a · texte numérisé non relu

I» Ilae, qu. 22, a

naît, aimer parfaitement une chose dont on n'a qu'une idée sommaire. N'est-ce pas évident pour les sciences ou les arts ? Que de gens les apprécient beaucoup, alors qu'ils les connaissent h peine ! Or il en est ainsi pour Dieu. Notre cœur peut l'aimer en lui-même, alors que notre esprit n'arrive pas à découvrir sa nature intime ^.

Bien plus, on remarquera que l'obscurité où demeure l'objet aimé, en dépit de nos efforts de pénétration, ne fait qu'aviver, surexciter l'amour, qui, poussant au-delà et embrassant la réalité totale, s'attache, plus encore qu'à l'aspect connu, à cet inconnu ardemment désiré, qu'il ferait si bon voir quand le peu qu'on en perçoit est déjà si beau ^. Les aveugles, dénués du sens qui nous permet le mieux de prendre possession du monde, ont plus que les autres, toutes proportions gardées, la conscience affective de la richesse de la nature, en même temps que la peine d'être privés de ces yeux dont, à leur idée, nous ne tirons pas assez profit. Tel est le mystique. 11 ne peut voir Dieu, et néanmoins, grâce à un élan de son cœur, il franchit le mystère, pour aimer ce Dieu en lui-même, dans son essence infinie. Dès maintenant il l'embrasse sans intermédiaire, en attendant le jour où la vision remplacera les ténèbres de la foi pour aller de pair avec la charité qui n'aura pas à changer^.

De là chez ces âmes un mélange de jouissance et d'angoisse,

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