‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 112 sur 227 · I» II»», qu. 00, a. G ; II» 11*», qu. 23, a. G · texte numérisé non relu

I» II»», qu. 00, a. G ; II» 11*», qu. 23, a. G

l'élément fondamental de l'état mystique 157

joie de savourer la présence de l'Hôte divin, et en même temps besoin de le connaître mieux, avec prédominance de l'un ou de l'autre sentiment selon les phases de la vie mystique, et aussi selon les tempéraments. Car les tempéraments se reflètent jusque dans ces états supérieurs. Beaucoup s'en étonneront. On se figure communément que le surnaturel détruit la nature et que les saints sont tous façonnés sur le même modèle. Mais non. Que l'on compare donc saint Jean de la Croix et sainte Thérèse, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantai. C'étaient des amis intimes pourtant et des collaborateurs. Ils ont participé aux mêmes œuvres religieuses. Ensemble ils ont médité, éprouvé, propagé leur doctrine spirituelle. Et bien, au Carmel, la réformatrice insiste davantage sur les enivrements et les suavités, le réformateur a mieux décrit la nuit de l'âme, ses épreuves et ses tourments. A la Visitation, c'est le contraire. Tandis que le fondateur s'étend avec complaisance sur la douceur de vivre avec Dieu, la fondatrice ressent plutôt les sécheresses spirituelles et l'angoisse de ne pas jouir à son gré de l'Ami divin.

Mais ce sont les expressions diverses d'un même sentiment profond commun à tous les mystiques, cette conviction toute personnelle de l'existence effective de Dieu, cette conscience éprouvée de son omniprésence et de sa providence universelle. On n'aura pas manqué de noter tout à l'heure au passage le mot de saint Bernard : « Et j'ai connu alors que c'était vrai ce que j'avais lu, savoir qu'en lui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes. »

Saint Thomas, qui choisit très soigneusement ses termes, dit de cette connaissance de Dieu qu'elle est « expérimentale » ^, ou mieux encore, « quasi-expérimentale » 2, C'est bien ainsi, « quasi-expérimentale », car, à proprement parler, le sujet ne sent immédiatement que son état affectif ; et c'est en quoi diffèrent, — tout en se ressemblant beaucoup par ailleurs, — la conscience que nous prenons de notre âme, « par sa simple

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