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ContempL Mystique 12
et vit selon ses lois. Le philosophe Aristote ne l'a-t-il pas dit : « Nos manières de voir varient suivant nos états d'âme » ^ ? Et Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui savait ce qui est dans l'homme, n'a-t-il pas établi sur ce principe toute la pédagogie de sa révélation ?
Bien que son Évangile apportât à l'humanité la bonne nouvelle par excellence, il fallait d'abord que les âmes fussent mises en état de le comprendre. Et c'est la raison première de tant de précautions, de réserves qui nous étonnent et nous déconcertent parfois. Apologètes ou théologiens du vingtième siècle, nous aimerions entendre tomber des lèvres du Christ quelque déclaration sommaire touchant sa divinité et les autres mystères. Mais ces formules, évidemment précieuses pour nous, eussent été énigmatiques et même scandaleuses pour ces Juifs qui comprenaient tout dans un sens charnel. Avant d'enseigner les esprits il fallait convertir les cœurs. Aussi le Serm.on sur la montagne, par où débute la prédication du Maître, est surtout d'ordre moral. Il recommande l'amour du Père céleste, la pureté du cœur, le détachement des biens terrestres, la douceur et le pardon des injures, la religion en erprit et en vérité. A mesure que les disciples mettent ces conseils en pratique, Jésus leur propose peu à peu les mystères chrétiens. L'affirmation solennelle de sa divinité n'est faite que deux ans après- Puis le divin Maître commence à révéler le mystère de la Ré. demption du monde par son sang. Pierre, qui vient de confesser la divinité du Christ, Pierre lui-même regimbe d'abord. C'est à la longue que, son amour pour Jésus et ses propres espoirs s'épurant, il comprendra, et les autres comprendront avec lui. Quant au mystère de la virginité perpétuelle de Marie, épouse de Joseph et mère du Christ, il semble que Notre-Seigneur n'en parla même pas avant de remonter au ciel. Et ce dogme fera toujours les délices des âmes pures, en même temps qu'il provoquera les moqueries grossières des libertins.
Saint Thomas a lui-même appliqué ces remarques au cas qui nous occupe, en étudiant ces vices spirituels qu'il nomme
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A l'École du maître intérieur 171
stultitia, la sottise, hebetiido, l'hébétude, vices qui sont le contrepied des dons de sagesse et d'intelligence.
« L'homme sature ses puissances de sentir avec les choses de la terre, et par suite il devient inapte à percevoir les choses divines, selon ce mot de la première épître aux Corinthiens (11,14): L'homme abêti ne perçoit pas ce qui vient de l'Esprit de Dieu. Ainsi celui dont le goût est infecté par de mauvaises humeurs devient incapable de savourer les mets les plus doux ^. » Telle est en spiritualité ce que l'on nomme la sottise.
Ce sont les péchés de la chair, la luxure surtout, qui produisent ces déplorables effets. Car plus que tout autre ils captent les énergies humaines par leur véhémence et les détournent d'un autre emploi ; plus que tout autre ils nous asservissent à la matière, alors que l'esprit n'agit bien qu'en se libérant des choses sensibles ^.
La plus belle intelligence, celle d'un saint Augustin par exemple, déchoit de la foi chrétienne dans le plus bas matérialisme quand « ces vapeurs troubles s'exhalent de la concupiscence charnelle et viennent l'obscurcir », suivant les propres paroles de l'auteur des Confessions. Alors « l'objet de sa foi juvénile n'a plus de sens pour lui, écrit M. Louis Bertrand. Il ne comprend plus. Cela lui est d'ailleurs indifférent. Ainsi racontée par lui, cette première crise de la vie d'Augustin sort de l'autobiographie : elle prend une signification générale. Une fois pour toutes, sous une forme définitive et en quelque sorte classique, avec sa subtile expérience de médecin des âmes, il a diagnostiqué la crise de la puberté chez tous les jeunes gens de son âge, chez tous les jeunes chrétiens qui viendront après lui. En effet, l'histoire d'Augustin se répète pour chacun de nous. La perte de la foi coïncide avec l'éveil des sens. A ce moment critique, où la nature nous réclame pour son service, l'aperception des choses spirituelles s'éclipse ou s'abolit chez le plus grand nombre. L'accoutumance aux brutalités de l'instinct finit par tuer la délicatesse du sentimenf