‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 133 sur 227 · Mgr Gay, Corrtspondance, t. I, p · texte numérisé non relu

Mgr Gay, Corrtspondance, t. I, p

toujours hors de nous en sa réalité substantielle. Notre cœur ne se l'identifie pas tel quel. Cependant nous subissons réellement son action. Il est donc en nous tout de même.

« Et nous sommes aussi en lui. La preuve en est que nous considérons comme notre bien ou notre mal personnels ce qui est bon ou mauvais à celui que nous aimons, nous sentons comme à l'intérieur de lui-même ses joies et ses douleurs. Ses volontés deviennent les nôtres. Ainsi nous ne faisons qu'un ^.»

(I Ma fille, j'ai mal à votre poitrine », écrivait Madame de Sévigné. Et c'était vrai. Un médecin peut connaître parfaitement et suivre les progrès d'une maladie ; mais si l'organisme qui se débat fiévreusement est celui d'un être aimé, alors comme on communie à sa souffrance! C'est encore plus vrai dans l'ordre spirituel. Il suffit de quelques indices, insignifiants aux yeux de tout autre, pour qu'une mère sente dans son cœur la résonnance des transformations bonnes ou mauvaises qui s'accomplissent chez son fils. Eugénie de Guérin, étrangère au doute religieux, en éprouvait vivement l'angoisse dans l'âme de Maurice, son frère tant aimé. Saint François de Sales, alors qu'il n'était pas encore parvenu aux états mystiques, en avait plus qu'une idée théorique grâce à sainte Jeanne de Chantai qui déjà s'y trouvait élevée. Autant d'exemples divers de cette compénétration psychologique qui résulte de l'affection mutuelle, et qui nous fait éprouver réciproquement la palpitation profonde de nos vies.

Ce qui est vrai de tout amour, de toute amitié, l'est plus encore de la charité. Car l'aimé, ici, c'est Dieu même, Celui qui se trouve en nous comme la cause de notre être, l'âme de notre âme. C'est donc bien réellement que nous pouvons l'atteindre, lui. La charité nous met en contact avec Dieu. C'est pourquoi saint Jean a dit dans sa première épître : Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui *. Cette union réelle, et non purement idéale comme celle de simple connaissance, ne nous apportera-t-elle pas dos données

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