‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 134 sur 227 · I' U"'. qu. 26, .1. 1 ; qu. 28, a. 1 et · texte numérisé non relu

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originales sur l'être de Dieu et sur les mystères divins ^ ? N'estce pas ainsi que du cœur fervent de la catholicité sont sorties parfois des rectifications irraisonnées de certaines conclusions trop rigoureuses de la pensée spéculative qui portaient atteinte à l'intégrité du dogme ? Ce fut le cas pour l'Immaculée Conception de la très Sainte Vierge, La raison théologique se rendit compte, après coup seulement, que la préservation du péché originel en cette créature exceptionnelle se conciliait avec l'universalité de la Rédemption du Christ.

Il ne s'agit pas d'ailleurs de sacrifier la théologie spéculative à l'expérience mystique. Mais que l'une se joigne à l'autre, alors un grand progrès s'accomplira. Par l'intelligence on ne connaît l'Être divin que sous son aspect de vérité, par l'amour on se l'identifie sous son aspect de bonté. Si l'intelligence et l'amour vont de pair dans la recherche et s'unissent dans la possession, il arrive que Dieu est atteint sous ses deux aspects principaux. En même temps que nous enregistrons l'enseignement de l'Église et que notre esprit s'en fait une idée précise, notre cœur se l'assimile, et cet enseignement devient en nous une réalité goûtée. Nous ne nous représentons pas seulement la vérité d'une façon théorique, nous la vivons pratiquement ; et au fur et à mesure de nos expériences, voici qu'elle s'illut mine de plus en plus par le dedans. Sans avoir personnellemende révélation nouvelle, nous comprenons mieux pour notre compte les vérités révélées à tous *. Ainsi Notre-Seigneur sentait à fond, au jardin des Oliviers, cette passion qu'il avait pourtant toujours prévue dans les moindres détails. Quelle différence entre une connaissance spéculative même parfaite et une connaissance expérimentale !

Ce Hiérothée dont parle l'Aréopagite, et qui apparaît comme le type de tous les saints docteurs, possédait cette double connaissance des divins mystères. Car s'il les avait appris à

1. II» II»o, qu. 45, a. 3, ad 1 : « Sapieatia qua est donum est excellentior quam sapientia quae est virtus intellectualis utpote magis de propinquo attingens Deutn per quamdam unionem anima ad ipsum. •

2. t Non crescitur spatiosà mole, sed intelligentià luminosâ •, dit saint Augustin (in Joan., tr. 97, n° 1). — « Etsi non audiant • nplius, intelligunt amplius » <ibid., tr. 98, n" 2).

Contempl. Mystique 13

l'école des apôtres, « les pieux théologiens », et par une laborieuse étude de l'Écriture, il les avait aussi expérimentés, et cet enseignement du cœur lui avait donné ce qu'on ne puisera jamais dans les leçons d'un homme ^.

N'est-ce pas ce que souhaitait saint Paul aux Ephésiens et ce qu'il demandait pour eux dans ses prières ? « Puissiezvous, fondés sur la charité, comprendre la profondeur de ces mystères de l'amour de Jésus-Christ pour nous, lequel surpasse toute conception ^. »

Mais dans la pensée de saint Paul comme dans l'âme de Hiérothée il ne s'agit pas seulement de l'influence e?cercée sur notre connaissance par la ferveur de notre amour mystique. Sous les espèces de la charité, l'Esprit-Saint en personne demeure en nous, et il peut, quand il le juge à propos pour notre salut ou la perfection de notre vie, prolonger l'instinct de notre cœur et illuminer lui-même notre intelligence ^. Nous tâcherons de l'expliquer maintenant.

§ V. — L'Esprit-Saint, qui habite en nous sous les

ESPÈCES de la charité, PROLONGE l'ACTION DE CELLE-CI ET RENFORCE SES INSPIRATIONS.

La sympathie amicale, qui nous fait nous pénétrer et nous comprendre mutuellement, est une image assez vive, mais bien

1. Denys, Des noms divins, ch. il, avec le commentaire de S. Thomas »... TerUus modus habendi est quod doctus est ista qu.TJ dixit • ox quftdain inspiratione diviniore » quam conununiter fit miiltis ; • non solum autem discens, sed et patiens divina », id est non solum divinoriim srientiam in intellerlu acripiens, sod ctiam dilipendo, eis unitiis pcr alTcctura. Passio enim magis ad appotituni quani ad cofrnilioneni pcrtinrrp vidotiir : quia cognila sunt in cognoscento socundum modura cognoscentis, cl non ."îerundinn moduni rerum cognitarum, sed appetitus niovet ad res secunduin nioduin quo in seipsis sunt, rt sic ad ipsas ros quodamniodo afflcitur. Sicut aiitoin aliqviis virtuosus ex haliitu virtulis quam liabet in alTcctu pprriritur ad recte judicandum de his qu.T! ad virhilem illarn perlinoiit, ita qui aflicitur ad divina accipil divinitui rectum judicium de relius divinis. »

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