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absence avec leurs formes et leurs saveurs. Mais ces images restent matérielles encore. Il faudrait en extraire l'idée pure afin de la fixer dans l'esprit en caractères immatériels. Qui le fera ?
Pour cette œuvre le divin Soleil nous communique une étincelle de sa lumière. Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : Seigneur, la lumière de votre face s'est imprimée sur nous. Cette étincelle devient, au sommet de notre âme, comme un foyer lumineux, que les philosophes scolastiques ont nommé l'intellect actif. Nous pouvons à volonté en projeter le rayon immatériel sur nos images des choses pour y faire resplendir les lignes universelles, et en extraire ainsi les idées que nous confierons à notre esprit, à notre 'intellect passif, disent encore les scolastiques. Alors peu à peu la page blanche se couvrira de signes. Jamais d'ailleurs elle ne sera pleine. On peut toujours apprendre du nouveau. Notre esprit, qui ne savait rien au début, est capable de devenir tout par l'instruction.
Mais c'est toujours grâce à ce foyer lumineux qui nous fut donné et qui continue d'éclairer sans cesse. Or il ne brille que sous l'influence du Soleil divin dont il est émané et avec lequel il garde le contact. Supposez la moindre interruption, aussitôt tout s'éteindrait dans notre âme. Il serait impossible d'acquérir des idées nouvelles et même d'exploiter celles qui sont au trésor de l'esprit.
Mais si l'influence de Dieu est perpétuellement nécessaire à notre intelligence, comme nous avons vu jadis qu'elle s'imposait pour expliquer le mouvement volontaire, il faut noter ici encore qu'il y a des degrés dans cette action divine.
Les premières clartés qui se font en notre âme n'ont pas d'autre auteur que Dieu même. C'est lui, le Créateur, qui allume ce foyer, en projette la lumière sur les choses pour abstraire l'idée d'être et nous faire découvrir les premiers principes qui procèdent de cette idée fondamentale.
A partir de ces principes qui sont en nous comme un potentiel de lumière, nous pouvons nous-mêmes avancer de clarté en clarté, je veux dire arriver à d'autres intuitions plus ou
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moins nombreuses et compréhensives. C'est ainsi que se constitue la science. Évidemment la coopération divine demeure nécessaire pour soutenir cette action intellectuelle. Toutefois ce n'est plus qu'un concours très discret, voilé sous la logique humaine ^.
Mais il peut arriver que Dieu fasse à sa créature cette grâce d'opérer encore par lui seul, en se passant du procédé dialectique, pour mettre en lumière telle conclusion spéciale. Alors il donnera à l'intelligence, sur un point particulier, une intuition comparable à celle des premiers principes généraux.
Quoi de plus facile pour le Maître divin ? Les hommes à qui nous décernons le titre de Maîtres, ceux-là même qui sont célèbres comme des lumières de leur siècle, ne peuvent rien de pareil sur notre esprit. La seule œuvre dont ils soient capables c'est de nous faciliter l'intelligence des choses en nous les présentant d'une façon plus appropriée, en dessinant par des formules verbales des images plus transparentes, d'o(i l'on pourra plus facilement tirer l'idée. Ils ont beau faire cependant, si le disciple ne jouit pas personnellement de la lumière qui doit opérer cette abstraction, le maître demeure impuissant, comme le médecin avec tous ses remèdes ne peut rien sur un malade dont le principe vital ne réagit pas. Mais le Maître divin ne sera pas arrêté de la sorte. Car lui, il est capable, nous le savons, d'actionner du dedans la lumière intellectuelle dont il est le foyer indéfectible, aussi bien que le principe de vie dont il est le créateur ^. 11 renforcera donc notre intellect actif s'il le juge à propos. Par un surcroît passager de clarté, il nous donnera de découvrir les idées, puis il les illuminera suffisamment pour que nous discernions, comme dans une intuition, les rapports que les idées soutiennent entre elles.
Saint Thomas semble bien admettre que parfois, même dans l'ordre naturel, des homm.es sont gratifiés de ces intuitions spontanées. A propos de je ne sais quels philosophes qui affirmaient certaine vérité sans pouvoir en rendre compte, » leur assertion était exacte, dit le Docteur angélique, bien qu'ils