‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 137 sur 227 · In Boet. de Trin. qu. 1, a · texte numérisé non relu

In Boet. de Trin. qu. 1, a

5. il Cent., c. 75, sub fine ; — I», qu. H7, a. 1 ; — De VeTtt., qu. H, a. l.

n'y fussent pas conduits par le raisonnement. Mais parfois l'esprit subit l'attrait immédiat de la vérité pour laquelle il a une pente naturelle. C'est comme les êtres qui n'ont pas de raison et qui n'en arrivent pas moins à leurs fins. Ils sont conduits par l'Auteur de la nature qui sait à leur place. Il en est de même ici 1. »

D'ordinaire l'intelligence humaine progresse vers l'inconnu en le mettant en contact, par des jugements intermédiaires, avec les principes premiers dont nous avons l'évidence. Ces principes parviennent ainsi à projeter leur clarté sur des vérités nouvelles. Tel est le schéma de tout raisonnement normal. Mais voici qu'une intelligence arrive de fait à découvrir une vérité, sans passer par ces moyens termes qui jalonnent la route de nos progrès habituels. Les moyens termes lui sont inconnus : c'est le cas pour l'hypothèse que formule un savant et qu'il ne saura pas justifier encore. Les moyens termes peuvent même être inconnaissables, comme lorsqu'il s'agit d'événements futurs que rien ne détermine actuellement. Mais le Maître divin, dans la pensée duquel toute vérité nécessaire ou contingente se trouve éternellement vécue, est capable d'en instruire son disciple humain qui apparaîtra à ses semblables comme un être de génie.

Si ce principe semble incontestable, il n'en reste pas moins malaisé de fournir des exemples qui ne puissent être discutés.

En voici un pourtant que les plus grands esprits chrétiens, depuis saint Augustin jusqu'à Dante, n'ont pas fait difficulté d'admettre. Je veux parler de la quatrième Bucolique de Virgile. Naguère encore, un critique terminait ainsi une étude parfaitement nuancée de ce poème célèbre : « Il ne s'agit pas de savoir si Virgile a prévu qu'un enfant naîtrait sous Auguste, qui révolutionnerait le monde. Il ne l'a pas prévu du tout.

I. « (juoa riuidora licol vero pDiiorcnt, non lamon qu.isi ;ib aliquil rationo fuoii hoc ponebant sed sii-ut ab ips.l vorilaU) coacti Veruiu osl uniin boauin inl-olleclus ad quod miliiraliter ordiimtur : inido sicut ros conriiiliono rarentes laovt'nlur ad suo.") finos absquo ratione, ita inl-^rdum iiilclloclus lio.niiiis quàdam natiirali inclin.itionfl tondit, in vcritat.-.n, lii-ot. ralionoiii vonlatis non porcipiat. •(/« / Phys., e. v, 1. 10, n" 5). - i l'iliiin anor n;iliir.ilis qui est in oinjjibus rébus r,;iusalur ex aliqu.l cognilionn, non quidom in ipsis robiis naturalibua exislenie, BCd in eo qui naluram instituit .•(!• 1 1»" qu. 27, a.Si)

A l'École du maître intérïeur 191

Mais l'enfant est né. C'est un fait. Et c'est un autre fait que Virgile, quarante ans auparavant, : ait annoncé qu'un enfant présiderait au renouvellement mervtiMeux du monde. Il n'y a rien à dire contre ces deux faits. Ceux qui n'y voient qu'une coïncidence fortuite avoueront du moins que de pareilles coïncidences sont extrêmement rares ; et je crains qu'ils ne méconnaissent ce qu'il y a de miraculeusement intuitif dans le génie. Quand on aura dénombré, examiné toutes les « sources b du poème virgilien, on n'aura pas expliqué comment il se fait qu'en mêlant de l'Hésiode, de l'orphisme, des prédictions étrusques, du Catulle et des oracles juifs, Virgile soit arrivé, dans une simple fantaisie, à donner une forme étincelante aux aspirations confuses et angoissées du monde occidental.

« Deus, Deus ille, Menalca ! Un Dieu, c'est un Dieu, Ménalque ^. »

A ce premier cas d'inspiration divine accordée aux hommes supérieurs, j'en joindrai un autre que formulait, au lendemain de la grande guerre, celui qui en fut le vainqueur, le Maréchal Foch lui-même :

« Sans faire intervenir le miracle, disait-il, quand dans un moment historique une vue claire est donnée à un homme et que par la suite il se trouve que cette vue claire a déterminé des mouvements énormes de conséquence dans une guerre formidable, j'estime que cette vue claire — je pense l'avoir eue à la Marne, à l'Yser, au 26 mars — vient d'une force providentielle entre la main de laquelle on est un instrument, et que la décision victorieuse est amenée d'en haut par une volonté supérieure et divine ^. »

J'ai cru bon de citer ces exemples, car ils corroborent la belle théorie d'Aristote dans sa célèbre interprétation du génie, et c'est à cette théorie, telle que la formule la Morale d'Eudème, que saint Thomas rattache explicitement son idée théologique de la grâce opérante et des dons du Saint-Esprit '.

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