‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 140 sur 227 · Joan., XIV · texte numérisé non relu

Joan., XIV

3. Sainte Thérèse Le Château ntérieur, septièmes demeures, ch. i.

semblait sortir le Fils coéternel, apparaissant lui aussi manifestement avec la nature humaine qui lui est unie. Pendant que la sainte était attentive à cette apparition, elle vit d'autre part sortir de la poitrine du Père le bienheureux patriarche Dominique, tout resplendissant de lumière, et elle entendit de la bouche du Tout-Puissant une voix qui prononçait les paroles suivantes : « Ma très douce fille, j'ai engendré ces deux fils, l'un par l'acte générateur de ma nature, l'autre par une adoption toute de charme et d'amour ^ »

Il y a encore des visions sensibles. C'est lorsque Dieu agit sur les sens externes eux-mêmes soit par une opération immédiate, en imprimant par exemple sur la rétine l'image d'un objet, soit par l'intermédiaire de formes matérielles qu'il produit au dehors pour qu'elles impressionnent le sens à la façon habituelle. Saint Thomas est d'avis qu'il faut expliquer de l'une ou l'autre de ces deux manières les apparitions par lesquelles Notre-Seigneur a souvent manifesté sa présence dans l'Eucharistie ". En d'autres circonstances, il est d'ailleurs possible que le corps glorifié de Jésus-Christ ait quitté le ciel pour se montrer ici-bas dans sa réalité. Mais l'on peut se demander si depuis l'Ascension pareille faveur a été accordée de fait à d'autres qu'à saint Paul sur la route de Damas. Remarquons, en tout cas, que même quand il apparut corporellement, entre sa Résurrection et son Ascension, Notre-Seigneur modifia diversement l'aspect de son humanité pour l'adapter à l'état des personnes qu'il voulait édifier*. A plus forte raison pourra-t-il, dans des apparitions moins réelles, se conformer parfois à des besoins d'âmes et à des habitudes qui ailleurs ou en d'autres temps pourront paraître étranges. Mais n'insistons pas sur toutes ces visions sensibles, Imaginatives, intellectuelles, qui, répétons-le, ne font pas partie du développement normal de la contemplation mystique.

1. Vie de sainle Catherine de Sienne, par lo niKNiiEunKUX Raymond dk Capoue (Irad. Hugueny), II» partie, ch. vi.

2. III». qii. 76, a. 8. Pour les difTérentes sortes de visions, rf. 11» 11", t\H. 173, a. 2, rorp. et rosp.

. III» qii. 55, a. 4.

Ces œuvres divines ont leurs contrefaçons dont le mauvais esprit est l'auteur. Et nous ne parlons pas des hallucinations qui proviennent de notre nature même. Le discernement de ces divers phénomènes n'est pas facile. C'est pourquoi l'Église et les vrais mystiques se défient plutôt des visions.

La connaissance charismatique qui vient de Dieu même est plus ou moins évidente pour celui qui en est gratifié. Elle s'étend depuis la révélation expresse accordée au prophète avéré, jusqu'à une sorte d'instinct qui sollicite obscurément l'esprit 1. Non seulement la sagesse d'un Salomon dissertant sur les mœurs des hommes ou la nature des choses ^, mais les principales grâces d'état accordées au professeur de théologie et au pasteur d'âmes sont de cette dernière espèce. Celui qui les reçoit ne peut parfaitement discerner si de telles pensées lui viennent de Dieu ou de son propre fonds. Est-ce bien une inspiration céleste ? Ne serait-ce pas une poussée de son subconscient où ses propres méditations s'accumulent ? Il ne peut le savoir avec une certitude absolue '.

Les actes des dons du Saint-Esprit ressemblent beaucoup à ces instincts. Mais ils s'en distinguent aussi sur des points importants.

Les grâces officielles du maître en théologie et du directeur de conscience, la connaissance infuse avec ou sans visions portent sur l'enseignement d'une vérité qui ne regarde pas directement le salut de l'individu à qui Dieu les communique, mais l'utilité générale de l'Église : c'est le but de tous les charismes (gratia gratis data) *. L'instinct des dons appartient au contraire à l'ordre de la grâce sanctifiante (gratia gratum faciens) ; il procure à celui qui le reçoit une juste idée de la fin dernière qui doit l'attirer, et c'est comme à l'intérieur de cette aspiration vers Dieu qu'il lui fait goûter personnelleinent la vérité révélée à tous ^.

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