‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 149 sur 227 · II» II»', qu. 9 a. l,ad · texte numérisé non relu

II» II»', qu. 9 a. l,ad

^. M» II" qu. 9. a. 2, corp. el ad 3.

A l'École du maître intérieur 205

On se rappelle, en effet, que la charité est la source des dons du Saint-Esprit. Or si la charité nous unit à Dieu d'abord, et nous fait connaître par expérience sa vie et ses pensées, elle s'étend aussi aux créatures, qui reflètent dans une mesure plus ou moins grande la bonté divine. Le second commandement de l'amour est semblable au premier, dit le Maître. Cette charité pour « le prochain » fait naître au fond du cœur fervent une manière de sentir instinctivement parmi les êtres du monde les séductions que l'on doit mépriser, et par contre les biens qu'il y faut apprécier et aimer avec modération en les ordonnant à Dieu. On vit au milieu de la création avec un goût divin dans l'âme, et l'on éprouve de la répulsion pour ce qui ne s'accorde pas avec lui, en même temps qu'une complaisance plus ou moins forte pour tout ce qui le rappelle et nous ramène à lui ^. Tel est le don de science, ou, pour employer un autre terme consacré, telle est « la science des saints » ^.

En voici un exemple magnifique. Un jour, François d'Assise fait devant l'évêque ce geste solennel de quitter tous ses biens jusqu'à ses propres vêtements, et de se séparer de toute créature humaine, même de son père. Debout en face de Pierre de Bernardone, « Je jeune homme, avec une voix toute frémissante d'émotion intérieure, la tête haute et les yeux fixés devant lui comme s'il contemplait quelque chose ou quelqu'un dans le lointain, s'écria : « Écoutez tout ce que j'ai à dire ! Jusqu'ici, j'ai appelé Pierre de Bernardone mon père : mais maintenant voici que je lui rends son or et tous les vêtements que j'ai de lui ; de telle sorte que désormais je ne dirai plus : Mon père Pierre de Bernardone ! mais bien : Notre Père qui êtes au Ciel /^ »

Ce n'était point là une simple cérémonie, mais la réalisation au dehors du détachement que saint François avait déjà accompli dans son cœur et qui devait durer toujours. Les âmes abandonnent ainsi, coiite que coûte, les personnes et les choses les plus chères, quand elles comprennent, à la clarté du don de science, que ces choses et ces personnes paralyseraient leur

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