‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 151 sur 227 · J. JOERGENSEN Saint François d'Assise, p 463-46C · texte numérisé non relu

J. JOERGENSEN Saint François d'Assise, p 463-46C

un religieux insuffisamment éclairé, la règle dominicaine demande que la psalmodie de l'office soit brève et succinte pour ae pas nuire du tout à l'étude, « breviter et succincte... ne stadiunt minime impediatur ^ ». Saint Thomas d'Aquin, absent de son couvent, un jour de fête, commence ainsi l'un de ses traités : « N'ayant pu au chœur remplir l'office des anges, et ne devant pas en vain passer ce temps de dévotion, tâchons de donner à l'étude ce qui est enlevé au chant ^. »

Saint Dominique et saint Thomas savaient d'ailleurs que a pratique des sciences sacrées, comprise comme ils le faisaient, mène l'âme à Dieu aussi bien que la prière liturgique. A l'aide des livres, comme François au moyen de la nature, le père des Prêcheurs et le docteur angélique s'élevaient tout droit à la contemplation de Dieu. Et c'est à ce terme définitif qu'aboutit de partout l'instinct du don de science. Quiconque n'en viendrait pas là saurait, à coup sûr, qu'il n'est pas conduit par l'Esprit de Dieu.

11 faut donc souvent redire la prière que l'auteur de l' Imitation a si heureusement formulée : « Seigneur, j'ai besoin d'une grâce plus grande s'il me faut parvenir à cet état où nulle créature ne sera un lien pour moi. Car tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler librement vers vous. 11 aspirait à cette liberté celui qui disait : Qui me donnera des ailes comme à la colombe ? et je volerai et je me reposerai. Quel repos plus profond que le repos de l'homme qui n'a que vous en vue ? Et quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre ? Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher parfaitement de soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là reconnaître que c'est vous qui avez tout fait, et que rien n'est semblable à vous. Tandis qu'on tient encore à quelque créature, on ne saurait s'occuper librem.ent des choses de Dieu. Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables. Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'unie et la ravisse au-dessus d'elle-même. Et tant que l'homme n'est

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pas élevé ainsi en esprit, détaché de toute créature, et parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de bien peu de prix ^. »

Saint François de Sales avait reçu cette grâce puissante et lui avait été fidèle : « Il ne dépendait ni de mort ni de vie, de parents, ni d'amis, a pu écrire sainte Jeanne de Chantai, son esprit régentait au-dessus de tout cela '^. »

§ VIII. — La sagesse des enfants de dieu.

C'est le don de sagesse qui fait ainsi planer les âmes à ces sommets où le don de science les a finalement emportées. De ce point de vue supérieur il leur permet de contempler l'ineffable vie divine, de considérer dans l'ensemble des êtres l'ordre même que la Providence y met, et d'y accorder sans peine la conduite de leur propre vie. En vérité elles voient tout venir de Dieu et se servent de tout pour aller à Lui.

Au don de sagesse surtout s'appliquent les considérations générales que nous avons faites sur la similitude de sentiments et de pensées que l'amour établit entre l'âme et la Sainte Trinité. Des exemples divers, avec les explications qu'ils provoqueront au fur et à mesure, vont achever de nous instruire.

Voici, pour commencer, une parole tombée des lèvres du Christ, l'Homme qui fut uni à Dieu au point de ne faire vraiment qu'un avec lui. Sur Jésus, s'est reposé d'abord, et pleinement, le saint Esprit de Sagesse prédit par le prophète Isaïe ^. Un jour qu'il cheminait avec ses premiers disciples, ceux-ci lui demandèrent, à propos d'un aveugle-né : a Est-ce lui ou ses parents qui ont péché pour qu'il soit dans cet état ? » L'explication par la cause prochaine suffisait à ces simples. Mais le sage n'a de repos que s'il peut tout rattacher à la cause suprême. Et s'efforçant d'élever à sa suite les intelligences appesanties

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