Conl. Gentcs, lib. 111, r. 8il
la fait en elles ^. » Quelle humilité et en même temps quel élan vers la perfection, une telle certitude engendrera dans une âme ! Je ne puis rien par moi-mêm.e, dira-t-elle, mais je puis tout en celui qui me fortifie.
Ainsi donc nul théologien, dans les jugements qu'il a formulés sur toutes choses divines et humaines, n'a fait plus de cas de la cause suprême. Nul aussi (on a déjà pu le noter tout à l'heure) ne s'est attaché davantage à la propre pensée de Dieu, et n'a sacrifié plus simplement à la révélation ses vues personnelles. En veut-on un exemple ? L'esprit de saint Thomas a pu être séduit d'abord, lui aussi, par cette idée sublime de l'humanité aboutissant dans la personne de Jésus-Christ à un être divin. Le Christ fût apparu comme le couronnement de l'univers. Là eût été le motif de l'Incarnation 2. Cette opinion, à laquelle certains auteurs tiennent encore, saint Thomas l'abandonna com.plétement pour suivre la parole divine, qui dans les Écritures nous montre toujours la Rédemption comme le but, le seul but de l'Incarnation. Dieu s'est fait homme pour manifester sa miséricorde envers l'homme coupable. Heureuse faute qui nous a mérité un tel Rédempteur ! ^ En sacrifiant ainsi une idée, belle sans doute mais purement humaine, en pliant son intelligence sous l'autorité du Maître divin, il a vu, comme Dieu luimême, le motif de l'Incarnation.
Après la mort du grand docteur, celui qui fut tout à la fois son secrétaire, son ami et son confesseur, le frère Renaud, fit cette confidence aux étudiants en théologie du couvent de Naples : « Mes frères, quand mon maître vivait, il m'a défendu de révéler les merveilles dont j'étais le témoin en lui : ce n'est point de son génie naturel que lui venait son merveilleux savoir ; c'est de son oraison. Chaque fois qu'il voulait étudier, argumenter, enseigner, écrire ou dicter, il priait tout en larmes pour découvrir la vérité des secrets divins. C'est par le mérite de sa prière que ses doutes antérieurs se résolvaient. Qu'un doute lui survînt avant d'avoir prié, il priait : merveilleusement le