‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 163 sur 227 · La Nuit obscure, I. II, rh. ix · texte numérisé non relu

La Nuit obscure, I. II, rh. ix

l'intuition obscure de dieu 229

Hélas ! bien des directeurs d'âmes « ignorent tout de ces degrés d'oraison ». Saint Jean de la Croix s'en plaint amèrement : « C'est alors que le maître spirituel entre en scène ; il ne sait qu'une chose, utiliser les puissances et marteler comme un forgeron. Sa science se borne à cela, il ne connaît qu'une méthode : méditer. C'est pourquoi il dit à l'âme : Allons, abandonnez ces pratiques, ce n'est qu'oisiveté et perte de temps ! Agissez, remettez-vous à méditer, à faire des actes intérieurs, car il importe que de votre côté vous mettiez en œuvre vos moyens propres : tout le reste n'est qu'illuminisme et duperie !,..

« Je puis vous prouver, répond saint Jean de la Croix, qu'en ne faisant rien l'âme fait beaucoup. J'affirme que si l'intelligence se vide de connaissances particulières, qu'elles soient naturelles ou spirituelles, l'âme fait des progrès, et plus l'intelligence des choses particulières et les actes de l'entendement diminuent, plus l'entendement s'élève au souverain bien surnaturel. Vous me direz : Cela est impossible ; si on ne comprend rien distinctement, où est le progrès ? Je réponds en renversant la proposition : Aussi longtemps qu'on comprend distinctement, le progrès est impossible. En voici le motif. Dieu étant incompréhensible, il dépasse infiniment l'entendement humain qui veut le comprendre ; donc si l'esprit s'y applique, il s'éloigne de Dieu au lieu de s'en rapprocher. Et pour cette raison l'entendement doit se détacher de lui-même, renoncer à sa pénétration, pour atteindre Dieu par la Foi ; il doit croire et non comprendre. C'est ainsi que l'entendement atteint la perfection, car rien ne peut remplacer la Foi pour arriver à Dieu, et l'âme s'en rapproche plus en ne comprenant pas qu'en comprenant ^ » Cette Foi qui conduit à Dieu l'âme mystique, c'est, notons-le bien, la foi éclairée par un don du Saint-Esprit. Ainsi l'entend saint Jean de la Croix.

Nous voilà renseignés sur la doctrine de ce maître. Mais plus que tout autre lesgrandsmystiques rhénans du XlV'e siècle, Eckehart, Suso, Tauler, Ruysbroeck, reviennent à cette intuition obscure et se complaisent à la décrire. « L'homme qui s'est

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