‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 164 sur 227 · La vive flamme d'amour, 3' strophe, vers 3, §viiietix · texte numérisé non relu

La vive flamme d'amour, 3' strophe, vers 3, §viiietix

renoncé peut arriver ici-bas à comprendre qu'il est un dans Celui qui est un néant de toutes les choses auxquelles on peut penser et qu'on peut nommer. Ce néant selon le consentement unanime est appelé Dieu ; en lui-même il est l'être le plus réel. L'homme alors se reconnaît un avec ce néant, et ce néant est connu sans aucune opération de l'intelligence ^. » L'expérience suprême que tâchent d'exprimer ces lignes du Bienheureux Henri Suso, nous la retrouvons plus abondamment définie dans les passages suivants empruntés à Tauler et à Ruysbroeck.

Dans l'un de ses sermons, Tauler montre d'abord l' Esprit- Saint allumant au fond du cœur un feu d'amour qui excite la soif de Dieu. Après avoir surmonté des tentations de toute sorte, l'âme goûte bientôt les consolations divines, et même s'y enivre au point d'oublier les créatures. Puis soudainement le Seigneur la sèvre de ses joies afin de l'élever plus haut. Car « tout ceci s'est passé dans les facultés inférieures. Dans ces états d'âme, ces agitations et ces œuvres, Dieu ne peut s'installer à demeure, ce n'est pas du tout sa place ; c'est pour lui trop étroit et trop petit, il ne peut pas s'y mouvoir, il ne peut pas y faire son œuvre. C'est dans les facultés supérieures qu'il veut et doit demeurer et faire l'œuvre divine qui lui est propre ; là seulement est sa place, là il trouve sa propre image et similitude ; c'est là que Dieu habite, c'est là qu'il agit, et celui qui veut sijrement trouver Dieu doit le chercher là et nulle part ailleurs.

« Qui en vient là, s'aperçoit qu'il a cherché jusqu'alors, par de lointains et longs détours. Là l'esprit est entraîné, au-dessus de toutes ses facultés, dans une solitude déserte dont personne ne peut parler, dans les mystérieuses ténèbres du Bien sans détermination. Là, l'esprit est introduit très avant dans l'unité, dans l'unité toute simple et sans détermination, là où il perd la conscience de toute différence et n'a plus d'objet et d'émotions ; car dans l'unité, on perd toute diversité, et l'unité unit toute diversité.

« Quand ensuite ces hommes reviennent à cux-mcmcs, alors

Page 1