‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 165 sur 227 · Suso, Le livre de In vérité, ch. v (trad. Tliiri.t · texte numérisé non relu

Suso, Le livre de In vérité, ch. v (trad. Tliiri.t

l'intuition obscure de dieu 231

ils ont une belle et délicieuse faculté de discernement, comme personne ne peut l'avoir, pour toutes choses, un discernement qui est né dans la simplicité et l'unité, un clair et vrai discernement de tous les articles de notre pur Symbole, de l'unité qui ne fait qu'un seul Dieu du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et d'ailleurs de toute vérité. Personne n'entend mieux la vraie distinction, que ceux qui sont entrés dans l'unité. C'est et cela s'appelle inexprimables ténèbres, et c'est cependant la lumière par essence ; c'est et cela s'appelle un désert d'une inconcevable solitude, dans laquelle personne ne reconnaît de chemin et de déterminations, car c'est au-dessus de toute forme déterminée.

« Voici comme on doit comprendre ces ténèbres. Elles sont une lumière qu'aucune intelligence créée ne peut naturellement atteindre et comprendre, et si elles sont un désert, c'est qu'ellesn'ont aucune voie d'accès. L'esprit y est introduit au-dessus de lui-même, au-dessus de sa puissance de concevoir et de comprendre. Là il est abreuvé à la fontaine qui s'alimente à son propre fonds, à la vraie source, à la source par essence. Ah ! cette fontaine est douce, fraîche et pure, comme les fontaines les plus douces sont pures et fraîches à leur origine, avant qu'en se répandant, leur eau ne s'échauffe et ne s'aigrisse. Oh ! quelle pure et délicieuse fontaine est ici, à sa source, présentée à l'esprit ! En elle il se plonge tout entier, avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut, et il voudrait volontiers y boire à pleine bouche, mais cela ne peut pas lui être accordé ici-bas, dans le temps. Alors il s'enfonce et s'enfonce toujours davantage dans le fond, tout comme une eau qui, répandue sur le sol, s'infiltre dans la terre...

« Voyez-vous maintenant comment cela se passe ? Avezvous remarqué par quel merveilleux chemin Dieu conduit l'âme et comment son jeu vous a été ici montré ? Tout d'abord l'âme a reçu en elle le bien divin, dans toutes ses facultés, puis ce bien lui a été enlevé, elle n'a pu le retenir, alors elle s'est trouvée toute hors d'elle-même en désordre, oppressée, mais voici maintenant qu'il l'amène, l'attire jusqu'à lui, au-dessus d'elle-même et de toutes ses facultés et se donne ici lui-même à elle, mais d'autre façon que la première fois, et la voici délicieusement réordonnée. C'est bien ce que dit la fiancée au livre

de l'amour : Introduxit me rex in cellarium, le roi m'a introduit ou conduit dans son cellier, et là, il a mis en ordre l'amour K

« Siirement il l'a ici tout à fait bien mis en ordre, il l'a conduite par un chemin merveilleux et solitaire, il l'a amenée et conduite jusqu'au profond abîme, en lui-même. Ce qu'elle y trouve dépasse tout sentiment, la raison ne peut y atteindre, personne ne peut le concevoir, ni le comprendre, c'est un véritable avant-goût de la vie éternelle 2. »

Ruysbroeck écrit, de son côté, au terme de son ouvrage le plus célèbre, VOrnement des noces spirituelles : « Pour que l'esprit puisse contempler Dieu par Dieu lui-même, sans intermédiaire,... il faut s'être perdu soi-même en une absence de modes et en une ténèbre, où tous les esprits contemplatifs sont engloutis fruitivement, incapables de jamais se retrouver euxmêmes selon le mode de créature. C'est dans l'abîme de cette ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, que commencent la révélation de Dieu et la vie éternelle. Car c'est là que brille et qu'est engendrée une lumière incompréhensible, le Fils de Dieu même, en qui l'on contemple la vie sans fin. En cette lumière l'on devient voyant ; et cette lumière est donnée à l'esprit en son existence simple, là où il reçoit la clarté qui est Dieu même, audessus de tous les dons et de toute œuvre de la créature, en ce vide tout affranchi de l'esprit, où, par le moyen de l'amour de fruitiofl, il s'est perdu lui-même et reçoit sans intermédiaire la clarté divine, tout transformé aussitôt en cette clarté même qu'il reçoit. Voyez cette clarté mystérieuse à laquelle on contemple tout ce que l'on désire, en rapport avec le vide de l'esprit, cette clarté est si grande que le contemplateur aimant n'aperçoit et n'éprouve en son propre fond, où il se repose, rien qu'une lumière incompréhensible ; et selon la nudité simple qui enveloppe toutes choses, il se trouve et se sent transformé en la lumière même qui le fait voir et rien autre chose. C'est ainsi que l'on devient voyant dans la lumière divine. Bienheureux

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