‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 173 sur 227 · Il» ll»c, qu. 8. a · texte numérisé non relu

Il» ll»c, qu. 8. a

3. • Ainsi, dit enroro Denys l'Ari'opagilr, rehii qtii façonne de la nlati^^o brulo pn uno noble inuiKe, enlftve les parties extérieures qui dérobaient lu vuo dCB formes internes et dégage la beauté latente par le seul fait de ce rctranchemout. <■ (Denvs, Thi'olvyie mi/slique, ch. ii).

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sommes en mesure de rien discerner. Nous ressemblons à l'oiseau nocturne incapable de voir le soleil. Le dernier mot de notre esprit consiste à reconnaître que Dieu en lui-même n'est rien de ce que nous imaginons, qu'il dépasse infiniment tout ce que nous pouvons penser. Par quelle purification spontanée de toute image et de toute forme spirituelle s'accomplit dans l'âme cette intuition obscure ; comment elle s'achève dans le savourement de ce fruit du Saint-Esprit qui se nomme la foi et qui est un avant-goût de la vision céleste : il faudra l'expliquer dans les deux paragraphes suivants.

§ III. — L'intuition négative de Dieu s'opère par la purification passive des images et des formes spirituelles.

Bienheureux les purs, car ils verront Dieu ! Avec saint Thomas, « distinguons deux sortes de pureté nécessaires à cette vision. L'une doit s'acquérir au préalable pour y disposer l'âme : c'est la purification du cœur, le renoncement à toutes les attaches désordonnées. Elle est l'œuvre des vertus et des dons du Saint-Esprit qui se rapportent à l'affectivité ». On la nomme active si elle est due à l'exercice des vertus morales, et passive quand elle provient des dons et que le Saint-Esprit sèvre lui-même notre cœur pour l'unir à Dieu seul.

« Il y a une autre pureté par laquelle s'accomplit l'intuition divine. Il faut que l'esprit soit net d'erreurs, d'images et de formes spirituelles. Ce résultat est produit par le don d'intelligence ^. »

Sans doute le fidèle qui médite et le théologien qui étudie s'y appliquent eux-mêmes activement, avec la coopération de la grâce et de la vertu de foi. Mais chez le contemplatif l'œuvre s'accomplit spontanément par la grâce opérante des dons du Saint-Esprit.

Voilà, résumé en quelques mots, tout ce que nous disent

i. II* II»e, qu. 8, a. 7. — Cf. /// Sent. d. 34, qu. 1, a. 4 : « ...ab erroribus et phantasmatibus et spiritualibus formis a quibus omnibus docetabscindere DJonysius tendentes in divinam contemplationem. »

les auteurs spirituels sur la purification active et passive du cœur et de l'esprit.

Pour celle du cœur on en a déjà parlé à plusieurs reprises. D'ailleurs il ne rentre pas dans notre sujet d'y insister. Nous devons étudier celle de l'esprit. Voyons donc en quoi consiste la purification des images et des formes spirituelles.

Dans un bel article de son ouvrage sur le de Trinitate de Boèce, saint Thomas nous explique comment on doit se débarrasser des images. Utrum in divinis sit omnino imaginatio relinquenda ? A cette question notre Docteur répond en citant le texte de l'Aréopagite : « Mon cher Timothée, pour les contemplations mystiques il te faut laisser de côté les sens. »

L'étude de la divinité n'est point comme celle de la nature ou des mathématiques. Dans ces derniers cas on part de la matière et l'on y demeure plus ou moins. Pour connaître Dieu nous commençons aussi par l'expérience sensible. Mais des effets corporels nous remontons à la cause première qui les dépasse, et d'elle nous éliminons tout ce qui est matériel. Nous savons que Dieu n'est absolument rien de ce qui peut être perçu par les sens, et figuré de quelque façon. Oui, nous le savons, plus ou moins bien. Mais comme le mystique sent que cela est vrai ! Au-dessus de sa raison, le Saint-Esprit lui donne une puissance instinctive de négation qui est extraordinaire de force et de netteté.

N'empêche qu'à moins de sortir de l'humanité pour agir à la façon des anges, le secours de l'imagination demeure toujours nécessaire. Elle fournit les matériaux de la connaissance intellectuelle. Même une fois l'idée acquise on ne peut abandonner l'image : celle-ci est pour notre idée un point d'appui permanent. En elle l'esprit regarde l'idée. Impossible de comprendre que Dieu est cause des corps, transcendant à tous les corps, pur de toute matière corporelle, sans se figurer un corps quelconque. Aussi bien quand l'imagination est pour une raison ou pour une autre empêchée d'agir, toute connaissance de Dieu devient par là même impossible. Telle sont les paroles de saint Thomas ^.

l /n liott. de 'l'nn., qu. 6, a. 2, corp., ad 2. ad 3, ad 5.

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Philosophe et théologien qui tient à sauvegarder toute la doctrine, il a bien soin de ne rien exagérer. Les mystiques qui disent et répètent d'une manière absolue qu'ils contemplent Dieu sans forme aucune, ont été moins circonspects. Cependant la différence entre les deux façons de parler s'atténuera si nous faisons remarquer que le mot image, en latin phantasma, doit être interprété selon le sens large qu'il possède sous la plume des scolastiques. II n'est pas question de se figurer Dieu avec l'aspect extérieur d'un homme puissant et vénérable ; il ne s'agit même pas nécessairement d'un signe représentatif d'ordre visuel ; l'im.pression requise peut affecter un autre sens, et rester quasi inconsciente. Il arrivera, par exemple, que l'on prendra pour fixer l'esprit en présence de Dieu ce symbole de l'éther impalpable qui nous environne et s'étend à l'infini autour de nous. L'expérience de Madame Helyot, que nous a racontée son directeur, ne supposait-elle pas cette représentation ? Ou encore le mystique partira du mouvement de vie, du sentiment de bien-être qu'il éprouve, pour s'élever à Dieu : « O vie de ma vie, ô soutien de mon être ! » s'écriait sainte Thérèse ^. Les âmes favorisées du ciel nous affirment elles-mêmes que sans une certaine euphorie, par exemple lorsqu'on se trouve dans un état de douleur aiguë, il n'y a pas normalement de contemplation.

C'est avec cette réserve que l'on doit comprendre la purification des images. D'ailleurs il reste vrai que si le phantasma est nécessaire à l'élaboration intellectuelle, il faut qu'en définitive l'idée s'en dégage parfaitement.

Dans la page célèbre où saint Augustin nous raconte l'expérience mystique qu'il eut avec sa mère à la fenêtre d'Ostie, il nous dit d'abord comment ils s'étaient élevés progressivement au-dessus des choses corporelles. « Nous causions tout doucement, et oubliant le passé, oour nous élancer vers l'avenir, nous cherchions ensemble, à la lumière de cette Vérité qui est Toi-même, Seigneur, qu'elle devait être cette vie éternelle des saints que l'œil de l'homme n'a point vue, que son oreille n'a point entendue

1. Sainte Thérèse, Le château intérieur, sept, demexires, ch. il.

et que son cœur ne peut comprendre. Or nous aspirions des lèvres du cœur aux célestes courants de tes fontaines, fontaines de vie qui résident en toi, pour nous y désaltérer autant que nous pourrions, et ainsi nous élever de quelque manière à une pensée si haute.

« Comme notre entretien nous avait conduits à cette conclusion que les plaisirs de la chair, si grands qu'ils soient, et dans n'importe quelle splendeur de lumière corporelle, loin de soutenir la comparaison avec la joie de cette autre vie, ne méritaient pas même un souvenir, un élan d'amour nous enleva vers cette félicité, et nous parcourûmes l'une après l'autre toutes les choses corporelles, jusqu'au ciel lui-même, d'où le soleil, la lune et les étoiles répandent leur lumière sur la terre. Et nous montions toujours en nous-mêmes par nos pensées et nos paroles, et nous admirions tes œuvres. Et nous parvînmes à nos âmes... mentes nostras^... »

Notre âme intelligente, mens, voilà entre toutes les œuvres de Dieu qui sont à notre portée celle qui peut le mieux nous révéler le Créateur, car elle a été faite par lui à son image.

Sans cesse les grands mystiques du XIV^ siècle, et Tauler en particulier, nous parlent de ce fond de l'âme, de son centre, de sa cime, image de la Trinité sainte et lieu de notre rencontre avec elle -.

Par bonheur saintThomas a traité longuement cette question: de mente prout est in eâ imago Trinitatis '. Il nous est facile de connaître sa pensée. Ne corrige-t-il point saint Augustin ? Peut-être. Tauler en ses explications doctrinales ne s'est-il pas séparé de saint Thomas ? Sans doute, mais ce n'est pas notre affaire.

Nous traduisons le mot mens par esprit. C'est, dit saint Thomas, ce qui nous met d'emblée au-dessus des autres êtres de ce monde *, notre énergie suprême qui comprend la mémoire,

1. Saint Augustin, Confvsaiom, I. IX, ch. x (Irad. L. Uerirand).

2. Voir en parliciilier Tauleh, 19* diuiauche après la Triailë (Œuvres complètes, édil. NoOl, t. IV. p. 190-191).

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