‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 181 sur 227 · I», qu. 12, a · texte numérisé non relu

I», qu. 12, a

5. Quodlibet, VII, qu. 1, a. 1 : « Impossibile est ia intellsctu creato similitudinern divins essentiae rocipi, quœ eam perfectè secundum totam suam rationem reprœsentet. Unde si per aliquam similitudinem talein esseatia divina a nobis videretur, immédiate non videremus essentiam divinam, sed quamdam uaabram ejus. »

6. Da Verit., qu. 10, a. II, ad 14 : ^ ...de visioae intellectuali quà Sancti

n'y a pas infusion d'espèce spirituelle mais simple renforcement de l'intellect actif par îa lumière des dons du Saint-Esprit.

Le 6 décembre 1273, saint Thomas, qui se trouvait au couvent de Naples, célébrait la messe dans la chapelle de saint Nicolas. A la fin de cette messe il apparut tout changé, et n'écrivit point, ni ne dicta. Or la troisième partie de la Somme était sur le chantier, au traité de la Pénitence. Frère Renaud, tout surpris qu'il ne revînt pas à son ouvrage, lui dit : « Mon Père, comment avez-vous abandonné une œuvre si importante que vous aviez entreprise pour la gloire de Dieu et pour l'illumination du monde ? » Thomas répondit : « Je ne puis plus. » Frère Renaud craignit d'abord que l'excès de travail n'eiit altéré sa raison. Mais à la fin Thomas lui répondit : « Renaud, je ne puis plus, car tout ce que j'ai écrit m'apparaît comme de la paille. »

Renaud pour le reposer l'emmène près de la comtesse de San- Severino, sa sœur très aimée. Mais quand celle-ci vint à sa rencontre, c'est à peine si Thomas lui parla. Pendant son séjour au château il demeura un jour immobile sans plus rien voir ni entendre. La comtesse Théodora, de plus en plus inquiète, interrogeait Renaud. « C'est un ravissement d'âme qui lui arrive souvent dans ses contemplations, répondit le frère. Mais à vrai dire je ne l'ai encore jamais vu en extase comme aujourd'hui. Une heure se passe et le ravissement continue. Renaud commence à s'inquiéter lui-même et se met à tirer le saint par sa chape, doucement d'abord, puis très fort. A la fin Thomas revient à lui et pousse un grand soupir. Harcelé de questions par son fidèle ami, il lui dit secrètement : « Le temps est venu où je dois cesser d'écrire. Dieu m'a révélé de telles choses que tous mes ouvrages et toutes mes leçons m'apparaissent comme des mesquineries. Encore une fois c'est de la paille ^ »

Saint Augustin après avoir raconté le ravissement d'Ostie ajoutait : « En soupirant nous retombâmes, laissant attachées

divinam veritalem id contemplaliinic intvunliir ; non quidem sciendo de e& qujd est, scd niagis quid non est. •

i. Dt'-position de Barthélémy de Capoiio, an procès Af ranonisntion (Acta Sanct. 7 Mart., § 79) ; Guill. de Thoco, Vita sancii Thomif. c. vni, § 48.

l'intuition obscure de dieu 263

là-haut les prémices de notre esprit, et nous redescendîmes à ces vains bruits de nos lèvres, à cette parole mortelle qui commence et qui finit... » Et à grand effort il essayait de concevoir d'après cette minute de ravissement ce que peut être le bonheur éternel. Sublimes balbutiements ! Saint Thomas, durant les trois derniers mois de sa vie, y renonça tout à fait.

Pourtant il avait entendu j dis l'Hôte du tabernacle lui en certifier la valeur : « Tu as bien écrit sur le sacrement de mon cops ; la solution que tu as établie est vraie pour autant du moins qu'avant de se laisser voir face à face la vérité divine peut-être comprise et définie par des procédés humains ^. » Naguère encore, lorsqu'il écrivait dans la troisième partie de la Somme ce qui concerne la Passion et la Résurrection, une voix partie du Crucifix lui avait dit nettement : « Thomas tu as bien écrit de moi. Quelle récompense te donnerai-je ? — Seigneur, avait-il répondu, pas d'autre que vous même ^. »

En effet l'heure de la vision de Dieu approchait pour lui. Il l'attendait silencieusement, après l'avoir méritée par ses leçons et par ses écrits. Mais ce mutisme lui-même était encore un commentaire de Denys, plus beau que tous les autres, un commentaire vivant. Il avait dit autrefois ces mots qui sont la conséquence logique de la doctrine dionysienne : « Dieu est honoré par le silence, car s'il est bon de parler de lui et de chercher à le connaître, nous voyons bien que jamais nous ne sommes arrivés à le comprendre ^. »

Cette conclusion déjà ancienne de ses raisonnements théologiques, son intuition contemplative lui en montrait aujourd'hui la vérité à un tel point que le silence s'imposait à lui. Il était incapable d'écrire. C'est pour le même motif que les âmes arrivées à un certain degré de vie spirituelle abandonnent la méditation proprement dite. Elles se trouvent tout de suite attentives à la présence de Dieu et voient si bien que leurs dis-

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