‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 184 sur 227 · La vive flamme d'amour 3' strophe, vers 3, § xv · texte numérisé non relu

La vive flamme d'amour 3' strophe, vers 3, § xv

2. Ibid., § XVI. — Sainte Jeanne de Chantai fit elle-même cette expérience : « La bonté de Notre-Seigneur me donna cette manière d'oraison d'une simple vue et sentiment de sa divine présence, où je me sentais tout abandonnée, absorbée et reposée en lui. Et cette grâce m'a été continuée, bien que par mes infidélités j'y aie beaucoup contrevenu ; laissant entrer dans mon esprit des craintes d'être inutile en cet état, et voulant faire quelque chose de ma part, je gâtais tout. Et encore souvent suis-je attaquée de cette même crainte, non pas à l'oraison, mais en mes autres exercices où je veux toujours un peu agir et faire des actes, encore que je sens bien que je me tire par ce moyen de mon centre ; surtout je vois que cet unique et simple regard en Dieu est mon unique remède et mon seul soulagement. Et certes si je suivais mon attrait, je ne ferais que cela en tout sans exception. Car si je pense fortifier mon âme par des pensées et des discours, par des résignations et des actes, je m'expose à des nouvelles tentations et peines, et je ne puis faire cela que par une grande violence qui me laisserait à sec. . (Lettres (éd. Pion), t. IV, p. 735).

Contempl. Mystique 18

§ IV. — L'intuition négative de Dieu s'achève dans la

JOUISSANCE de la FOI VIVE ET BIEN ASSURÉE, QUF

est un fruit du Saint-Esprit et l'avant-gout

DE LA VISION céleste.

Connaître la vérité, c'est une grande satisfaction pour l'homme dont la raison est la faculté maîtresse. La joie grandit quand la science et la sagesse acquises rendent moins difficiles les labeurs de la pensée. Mais jusqu'où ne montera-t-elle pas si l'Esprit divin lui-même vient nous éclairer de ses lumières ! Et surtout ne va-t-elle pas déborder si l'être mieux connu est une personne très aimable et très aimée ? Or le contemplatif reçoit du Saint- Esprit la grâce d'une intuition sur Dieu même, c'est-à-dire sur l'être le plus aimable, et en fait le plus aimé de son cœur. Vraiment aucune jouissance humaine n'approche de celle-là ^.

Cette intuition de Dieu est essentiellement un acte d'intelligence. Il en résulte dans cette faculté le fruit que Saint Paul nomme la foi 2. Expliquons à la suite de saint Thomas cette doctrine des fruits du Saint-Esprit. Le fruit est le produit suprême de la plante arrivée à sa perfection, produit que l'homme peut cueillir et savourer. Or dans le symbolisme paulinien c'est nous qui sommes la plante. Les fruits, ce sont nos actes agréables. S'ils proviennent de nos propres efforts, ce sont des fruits de la raison humaine. Mais quand Dieu même arrose la terre de notre âme avec la pluie céleste et que la grâce monte en nous comme une sève divine, nous avons les fruits du Saint- Esprit. Ce nom revient déjà aux produits que la grâce coopérante et nos vertus surnaturelles ont fait mûrir. Mais ceux de la grâce opérante et des dons du Saint-Esprit le méritent beaucoup plus. Alors surtout les fruits sont savoureux pour l'ânic qui en jouit 8.

Le fruit le plus parfait c'est l'acte suprême que le Saint-Esprit nous donnera d'accomplir lorsque nous arriverons à notre fin

i. m» l—, qu. 180, a. 7.

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