Denys, Noms divins, ch. iv
3. In amore amicitis affectus alicujus simpliciter exit extra se ; quia vult amico bonum, et operatur bonum, quasi gerens curam et providentiam ipsias propter ipsum amicum (I* II»«, qu. 28, a. 3).
'i. AxaoT autem vim transformativam habet : quia amans in amatum quodammodo transfertur ; unde Dionysius dicit, iv cap. de divinis Nomiaibus : Est autem exlasitn faciens divinus amor, non sinens sui ipsorum amantes esse, sed amatorum. Quia ergo totum et perfectum est idem, ille perfecte caritatem habet qui totaliter in Deum per amorem transtormatur, se ipsum et sua onmino post poaens propter Deum {Quodlibet 3, art 17).
Nous savons déjà que la charité est une amitié entre Dieu et l'homme ^. Qui dit amitié suppose qu'on s'est rencontré en quelque point. Ceux qui n'ont rien de commun ne peuvent devenir amis, et ceur-là ne le peuvent rester qui n'ont plus rien où leurs âmes s'accordent. Telles personnes sont du même sang, du même pays ; telles autres ont les mêmes idées, les mêmes goûts, ou du moins leurs natures s'appellent et se complètent, les besoins de l'une se trouvant comblés par les richesses de l'autre 2. Trouverons-nous quelque chose d'analogue entre Dieu et l'homme ? Oh ! assurément l'Être infini peut bien se passer de nous. Mais il est avéré que nous sentons dans notre cœur le besoin de Dieu. Sans doute encore, par nature nous n'avons rien de commun avec lui. Mais à titre gracieux il nous a conviés à partager sa propre vie dans le ciel et dès maintenant nous possédons dans l'état de grâce les prémices de cette communion future. Ajoutons que lui-même a voulu prendre notre nature humaine et tout expérimenter de notre existence terrestre, tout, sauf le péché. C'est plus qu'il n'en faut pour prendre possible une amitié entre lui et nous. Un jour quelques hommes ont recueilli sur les lèvres de Jésus cette « bonne nouvelle » qu'ils reçurent mission de répéter par le monde entier : « Désormais je ne vous appellerai plus mes serviteurs, vous êtes mes amis ^. »
Poursuivons notre analyse. Si l'amitié suppose la possession commune de quelque bien, elle consiste essentiellement dans une union plus intime, d'ordre psychologique. Au contact de l'être aimé le cœur se fond peu à peu sous l'action de l'amour. Il se sent modelé par celui en qui il se complaît. A la fin il est transformé en lui. Oui, transformé. En vérité on peut dire que l'aimé devient la forme de l'aimant. Et comme chaque être agit suivant les exigences de la forme qui le constitue, et ytrouve la joie, il s'ensuit que l'aimant se délecte à vouloir le bien de l'aimé, comme si c'clait son bien personnel. Arrive-1-il que cette bienveillance soit réciproque, et que l'objet aimé ne se laisse pas seulement atteindre mais qu'il se donne, ajoutant à ses