Corinih., XI
l'extase 281
ciel seulement que le mariage sera consommé par une union consciente, perpétuelle et indissoluble. L'âme alors sentira l'action divine s'exercer en elle sans cesse et la surélever pour jamais jusqu'à la vision de Dieu face à face. A cette vision impossible de parvenir ici-bas. Pourtant l'âme peut arriver, même sur la terre, àjouir quasi constamment de son union avec Dieu, objet de son amour, à éprouver habituellement au principe de sa vie psychologique l'impulsion divine qui la prévient et la conduit. Dans cette union vécue, dans cette im.pulsion sentie, nous n'avons pas de peine à reconnaître, sous ses deux aspects, l'élément fondamental de tout état mystique. Mais la conscience de cette union d'amour, de cette participation à la vie de Dieu, est devenue maintenant d'une telle stabilité qu'on se trouve comme confirmé en grâce. Le salut éternel semble assuré. Peu importe s'il y a eu, pour symboliser l'entrée dans cet état, quelque cérémonie extraordinaire comme celle qui se déroula en faveur de sainte Catherine de Sienne par exemple. Apparition de Notre-Seigneur, échange d'anneaux, concerts angéliques : aucun de ces phénomènes ne fait partie du développement normal de la vie spirituelle. Mais à cet état d'âme lui-même, sommet de la perfection terrestre, nous réservons, après sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, le nom de mariage spirituel.
Alors, dit sainte Thérèse, l'âme se sent au plus intime de sa conscience dans la compagnie des trois personnes divines. « Vous croirez peut-être que cette âme est comme hors d'elle-même et dans un tel transport qu'elle ne peut s'occuper de rien. C'est le otntraire : elle a beaucoup plus de facilité qu'auparavant pour s'employer à tout ce qui est du service de Dieu. Les occupations viennent-elles à cesser, elle se retrouve en cette agréable compagnie. Pourvu qu'elle ne soit pas infidèle à Dieu, jamais, à mon sens, il ne manquera de lui donner cette vue si claire de sa présence. De son côté elle a une grande confiance que Dieu, lui ayant accordé une telle grâce, ne permettra pas qu'elle la perde, et elle a raison de le penser. Cependant elle se comporte avec plus de circonspection que jamais afin de ne lui déplaire en rien. » Il n'est pas nécessaire de quitter ses occupations extérieures pour être attentif à la divine compagnie. « En
Coatempl. Mystique la
dépit des peines et des affaires l'essentiel de l'âme ne se meut jamais de ce cabinet intérieur » où Dieu réside ^. « L'âme ou plutôt l'esprit de l'âme devient, selon qu'on en peut juger, une même chose avec Dieu... Peut-être est-ce là ce qu'entendait saint Paul lorsqu'il disait : Celui qui s'approche de Dieu, qui s'attache à Dieu, devient un même esprit avec lui ^, et voulait-il parler de ce sublime mariage qui suppose que le Seigneur s'est déjà approché de l'âme par l'union. Saint Paul dit aussi : Mihi vtvere Christus est, mori lucrum ^. L'âme, me semble-t-il, peut maintenant se servir de ces paroles, car c'est ici que le petit papillon expire, mais avec une indicible joie, parce que Jésus- Christ est devenu sa vie. Cette vérité est rendue plus claire encore avec le temps, par les effets ; car on reconnaît d'une manière évidente, par certaines aspirations secrètes, que c'est Dieu qui donne vie à notre âme. Et souvent ces aspirations sont si vives, qu'elles ne peuvent laisser place au moindre doute. L'âme, tout incapable qu'elle est de les exprimer, en a le sentiment très vif. Ces aspirations sont même si puissantes qu'elles produisent par moment des paroles de tendresse dont on ne peut se défendre, telles que celles-ci : O vie de ma vie ! ô soutien de mon être ! et d'autres de ce genre... De même qu'une personne qu'on plongerait soudain dans l'eau au moment où elle y songerait le moins, ne pourrait pas ne point le sentir, de même, et avec plus de certitude encore, l'âme perçoit les divines opérations dont je parle... Elle ne quitte point son centre, et rien ne lui enlève sa paix... Il ne faut pas croire que les puissances, les sens et les passions jouissent toujours de cette paix. L'âme, elle, n'en sort point ; mais dans ces appartements des sens, des puissances et des passions, il ne laisse pasd'y avoir des temps de combats, de peines, de souffrances, ce qui néanmoins ne lui enlève point sa paix.' Du moins il en est ainsi d'ordinaire *. »