‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 201 sur 227 · De Verit., qu. 24, a. 9, ad · texte numérisé non relu

De Verit., qu. 24, a. 9, ad

divine la satisfaction parfaite de leur appétit de bonheur et sont dès lors incapables de s'en détacher. Mais tel est désormais son penchant vers le bien qu'il lui devient très difficile de s'en écarter. La divine Providence peut même assurer certaines âmes qu'elle les soutiendra si puissamment dans les occasions dangereuses que jamais elles ne succomberont. Les apôtres reçurent à la Pentecôte ce privilège qui fit d'eux les dignes fondements de l'Église. Mais ce fut là un charisme extraordinaire. Voici du moins quel sera le sommet normal de la vie spirituelle : les vertus surnaturelles régneront parfaitement sur tous les instincts inférieurs, la volonté sera inclinée vers Dieu très fortement, et l'intelligence se trouvera établie dans une contemplation mystique que la ferveur de l'amour perpétuera. En ces conditions le péché est bien difficile. S'il reste possible néanmoins, c'est parce que la contemplation produite par les dons du Saint-Esprit ne saurait être tout à fait continuelle et qu'entre temps une passion est capable à la rigueur de se réveiller et de provoquer une chute. Bref, tant que l'on vit sur la terre on ne peut se voir absolument confirmé en grâce, pas plus que l'on ne peut être complètement parfait. Mais puisqu'il est permis cependant de dire d'une âme qu'elle est parfaite, rien n'empêche d'affirmer pareillement qu'elle est confirmée en grâce ^. Ainsi parle saint Thomas.

Poussez tous les traits de ce tableau à leur maximum. Qu'y manque-t-il pour réaliser enfin l'état du mariage spirituel ? Il n'y manque rien vraiment, pas même le caractère de passivité que les mystiques se plaisent à mettre en relief. Saint Thomas y appuie moins. Il ne fait pas une description psychologique comme eux. Il se contente d'exposer les principes. Mais ne vientil pas de parler des dons du Saint-Esprit, qui rendent compte, nous le savons, de la passivité que les mystiques expérimentent «t qu'au surplus il ne faudrait pas exagérer ? D'ailleurs quand saint Thomas ne nomme pas expressément les dons, nous savons bien qu'il y pense. Vertus infuses, dons du Saint-Esprit sont l'accompagnement de la charité dans toute âme> L'activité

i De Vnit. qu. i!4, a. 9, cmn. el ail .', ail 4.

l'extase 289^

des premières domine dans les débuts du progrès spirituel. Les fruits des seconds se font goûter davantage à mesure que l'âme avance. Le Saint-Esprit prolonge et récompense par ses dons l'effort des vertus humaines. Finalement l'âme ne fait plus guère que consentir à l'opération de la grâce qui la prévient sans cesse. Comme l'explique saint Jean de la Croix : « L'esprit de Dieu fait connaître à ces âmes ce qu'elles doivent savoir, leur rappelle ce dont elles ont à se souvenir,... leur fait oublier ce qui mérite de l'être, aimer ce qui est digne de leur amour, et ne rien aimer de ce qui ne se trouve pas en Dieu. Ainsi tous les premiers mouvements des puissances chez de telles âmes sont divins, et il ne faut pas s'étonner de ce que les mouvements et opérations de ces puissances soient tels, puisqu'ils sont transformés dans l' Être divin ^. »

Saint Jean de la Croix et saint Thomas sont tout à fait d'accord et nous ne voyons pas de raison qui permette de ramener i'œuvre du premier à du pur mysticisme et la théologie du second à de la simple doctrine ascétique. L'un et l'autre embrassent pareillement toute la vie spirituelle.

Pour saint Thomas le terme est l'épanouissement parfait de la charité dans une union à Dieu dont on jouit quasi continuellement et où l'on est fixé d'une façon définitive ^. Tout le reste y achemine, aussi bien l'effort vertueux que les grâces de purification qui opèrent par les dons du Saint-Esprit ^.

Pour saint Jean de la Croix l'état des parfaits, c'est la voie unitive ou le mariage spirituel. Auparavant il n'y a que des étapes préparatoires. Celles-ci sont décrites sous deux aspects différents dans la Montée du Carmel et dans la Nuit obscure. Le premier de ces ouvrages apprend à l'âme ce qu'elle doit faire pour atteindre l'union divine; le second, comment il lui faut accepter les épreuves purificatrices que Dieu lui envoie à cette fin.

Et quand l'âme sera toute possédée par Dieu, toute transformée par sa grâce, alors elle sera dans la disposition qui con-

1. MerUée du Carmel, 1. III, cb. i. — Cf. Vive flamme, strophe I, vers 3.

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