‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 202 sur 227 · Iia«, qu. 8, a · texte numérisé non relu

Iia«, qu. 8, a

vient pour recevoir la lumière de gloire dès l'instant de sa mort. Aussitôt elle verra Dieu.

« Ceux qui ont ce bonheur sont peu nombreux ^ », dit saint Jean de la Croix. Mais ils n'en sont pas moins dans l'ordre, dans la voie normale. Car le Purgatoire se présente comme un lieu de supplice où l'on n'est retenu que par sa faute. Dans ce séjour de transition le désir ardent que Dieu inspire au trépassé de le voir face à face s'attaque comme un feu terrible à son âme encore repliée sur elle-même, attachée aux créatures, souillée des restes de ses péchés. Il la redresse, la purifie peu à peu dans la souffrance, la rend enfin conforme à l'idée créatrice et digne de la vision béatifique ^. Mais cette étape douloureuse s'accomplit sans aucun mérite pour l'âme. Le temps du mérite est fini depuis la mort. C'est donc auparavant, c'est pendant l'épreuve terrestre que nous sommes obligés d'aimer Dieu de toutes nos forces, selon le précepte du Maître. Nous devons dès ici-bas réussir à extirper de notre cœur toute affection désordonnée, et réduire notre amour-propre à l'état de mort. Il est vrai, l'âme a beau faire, elle est ordinairement incapable d'atteindre ce résultat sans que Dieu intervienne plus ou moins tôt par des mortifications supérieures dont il garde le secret et dont il prend l'initiative. Mais aussi il se doit d'y pourvoir. Une sorte de purgatoire mystique vient alors achever l'œuvre commencée en nous par la discipline ascétique. Telle est bien la loi providentielle, et on la trouve parfaitement appliquée chez les saints.

Insistons quelque peu sur ces purifications passives. Le Saint- Esprit se charge lui-même par des lumières très pénétrantes de montrer à l'âme la vanité de toutes choses. Au vif dégoût des créatures s'ajoute en elle un besoin insatiable de Dieu qui semble s'éloigner à mesure qu'elle le poursuit. « De temps en temps, écrit sainte Thérèse, je me souvenais de ce que disait saint Paul, qu'il était crucifié au monde... M se passe alors dans l'âme quelque chose de semblable : il ne lui vient de consolation ni du ciel où elle n'habite pas encore, ni de la terre, â laquelle elle ne tient plus, et d'où elle ne veut pas en recevoir : clic

Page 1