‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 207 sur 227 · Château, sept, dem., ch. i · texte numérisé non relu

Château, sept, dem., ch. i

2. R. P. Poulain, S. J. Des grâces d'oraison, ch .xix, u» 15.

l'esprit ne prêtant plus son concours, on se trouve, quoi qu'on fasse, hors d'état de lire. On entend, mais on ne comprend pas ce qu'on entend. Ainsi les sens ne sont à l'âme d'aucune utilité ; ils entravent plutôt sa jouissance et lui nuisent au lieu de la servir. Parler devient impossible : on n'arrive pas à former intérieurement un seul mot, et quant à l'articuler, le plus violent effort n'en donne pas le moyen. C'est que toutes les forces extérieures défaillent ; mais celles de l'âme s'en accroissent d'autant, afin de la rendre capable de jouir de sa béatitude... Dans les commencements, il est vrai, alors que cette oraison dure peu — du moins il en était ainsi pour moi — les signes extérieurs et la perte des sens sont moins marqués ^...

« Je voudrais pouvoir expliquer, avec le secours de Dieu, la différence qui existe entre l'union et le ravissement. Ravissement, élévation, vol de l'esprit, enlèvement, c'est tout un, et ces différents noms n'expriment qu'une même chose qu'on appelle aussi extase. Le ravissement l'emporte de beaucoup sur l'union, il produit des effets bien supérieurs et a beaucoup d'autres opérations qui lui sont propres. L'union, à le bien prendre, c'est le ravissement à son degré initial et moyen, et même à son degré élevé, si l'on considère les effets intérieurs. Mais comme les faveurs énoncées plus haut constituent le ravissement à son degré le plus sublime, elles opèrent à la fois à l'intérieur et à l'extérieur...

« Durant ces ravissements l'âme semble ne plus animer le corps. On s'aperçoit fort bien que la chaleur naturelle se retire et que le corps se refroidit progressivement, mais avec une suavité et un plaisir indicibles. Ici, nul moyen de résister. Dans l'union, nous trouvant sur notre propre terrain, nous le pouvons encore : à vrai dire, c'est difficile et il faut bien de l'effort, mais enfin, on en a presque toujours le pouvoir. Dans le ravissement, c'est la plupart du temps tout à fait impossible. Très souvent en effet, sans réflexion préalable, sans nulle coopération personnelle, vous vous trouvez saisi par un mouvement d'une force et d'une impétuosité inouïes. Vous voyez, vous sentez cette nuée

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