‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 208 sur 227 · Vie de sainte Thérèse écrite p.n eAU-méme, ch. xviii · texte numérisé non relu

Vie de sainte Thérèse écrite p.n eAU-méme, ch. xviii

l'extase 297

s'élever en haut, ou, si vous le voulez, cet aigle puissant vous emporter sur ses ailes.

« Je le répète, on sent, on voit qu'on est emporté, mais on ne sait où l'on va. Malgré le plaisir qu'on éprouve, la faiblesse naturelle, dans les commencements, cause un sentiment de frayeur... Il m'arrive quelquefois de perdre presque entièrement le pouls ; c'est du moins ce qu'assurent les sœurs qui m'approchent alors, et qui se rendent mieux compte maintenant de mon état. J'ai aussi les bras tout grands ouverts, et les mains telle ment inertes que parfois je ne parviens pas à les joindre. Il m'en reste jusqu'au lendemain une douleur très vive dans les poignets et dans tous les membres ; on dirait qu'on me les a disloqués... Souvent mon corps me semblait devenu léger au point de n'avoir plus de pesanteur ; parfois j'en arrivais à ne plus sentir, en quelque sorte, mes pieds toucher le sol. Dans le temps même du ravissement, le corps souvent est comme mort et dans une totale impuissance ; il reste dans la position où il a été surpris, debout ou assis, les mains ouvertes ou fermées. Il est rare qu'on perde la connaissance. Cependant il m'est arrivé quelquefois de la perdre tout à fait ; mais je le répète, ce n'est que rarement et pour peu de temps. D'ordinaire la connaissance que l'on garde n'est pas bien nette ; néanmoins dans cette impuissance où l'on se trouve à l'égard des objets extérieurs, on ne laisse pas de saisir et d'entendre comme de loin. Je ne veux pas dire que l'on saisisse et que l'on entende quand le ravissement est à son plus haut point — j'appelle le plus haut point celui où les puissances sont suspendues par suite de leur étroite union avec Dieu, — car alors à mon avis, on ne voit, on n'entend, on ne sent plus... Vous me direz, mon père : comment alors le ravissement se prolonge-t-il parfois de longues heures ? Voici ce que l'expérience m'en a appris.. La jouissance a des intervalles. A diverses reprises, l'âme se plonge en Dieu, ou pour mieux dire. Dieu la plonge en lui, et après l'avoir gardée ainsi quelque temps, il ne retient que la volonté. L'agitation propre aux deux autres puissances peut se comparer, ce me semble, à celle de l'ombre portée par l'aiguille des horloges solaires, laquelle ne s'arrête jamais. Cependant lorsqu'il plaît au Soleil de justice

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de fixer les deux puissances, il sait bien les arrêter, et c'est là ce que je dis être de courte durée ^... Lorsque Dieu a conduit une âme jusque-là, il lui découvre peu à peu de très hauts secrets. C'est durant l'extase qu'ont lieu les révélations véritables, les faveurs et les visions sublimes ^. »

Ne négligeons rien de cette riche description. Mais surtout classons bien dans notre esprit les divers phénomènes dont parle sainte Thérèse. D'abord il faut soigneusement remarquer quelques passages que nous avons soulignés à dessein : « Les puissances sont suspendues par suite de leur étroite union avec Dieu », et encore : « l'union, à le bien prendre, c'est le ravissement à son degré initial et moyen et même à son degré élevé, si Von considère les effets intérieurs ^. » Or ce sont bien les effets intérieurs qui importent surtout. L'union de l'âme à Dieu est l'essentiel à tous les degrés de la vie mystique. Cette union va croissant en intensité depuis les anxiétés de l'âme à la recherche de Dieu dans la nuit des sens jusqu'à la transformation de l'âme en Dieu dans le mariage spirituel. Sainte Thérèse a détaillé les degrés intermédiaires qui relient ces deux points extrêmes. Il y en a trois principaux. C'est premièrement la quiétude, où l'union à Dieu n'est pas assez intense encore pour empêcher les distractions. Mais le progès s'accentue, et voici qu'intérieurement on se trouve tout absorbé en Dieu : cette deuxième phase mérite très spécialement le qualificatif d'union, et c'est l'union ainsi entendue que la sainte mettait tout à l'heure au-dessous de l'extase. Au troisième degré, celui de l'extase, l'union divine devient tellement forte que toutes les communications des sens avec le dehors sont interrompues ou à peu près : de même on ne peut plus faire de mouvements. Insensibilité et raideur musculaire, ce sont les deux phénomènes principaux qui apparaissent extérieurement. Ces accidents ne semblent provenir d'aucune maladie, ni d'aucune altération des organes, puisqu'ils cessent avec l'expérience mystique. Pendant cet évanouissement extérieur l'extatique ne perd pas conscience de ce qui se passe en lui, si bien qu'il peut

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