‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 217 sur 227 · Iliid., n · texte numérisé non relu

Iliid., n

l'extase 305

d'autres encore, y était trompé, et cette personne l'était la première, car elle n'avait pas l'intention d'en imposer. Qu'on sache bien ceci. Quand Dieu est vraiment l'auteur de ce qui se passe dans l'âme, il y a, il est vrai, défaillance intérieure et extérieure, mais l'âme reste forte et elle goûte une joie très vive de se voir si près de Dieu. En outre, cet effet, loin de se prolonger, ne dure que très peu de temps ^... » Ce « très peu de temps » demanderait des explications. Toujours sainte Thérèse juge d'après son expérience, et elle veut parler de l'extase à son maximum. Mais il faut retenir de ses affirmations que la facilité avec laquelle on défaille et la longue durée de cet évanouissement ne font pas la valeur de l'extase mystique. Ce qui lui donne du prix, et la distingue des états morbides, léthargie, catalepsie, névrose, auxquels elle ressemble plus ou moins par le dehors et dont les vrais contemplatifs eux-mêmes ne sont pas exempts, c'est la richesse de vie intérieure qu'elle suppose. Tandis que dans les accidents pathologiques l'âme reste privée de connaissance, ou du moins subit un engourdissement considérable de ses facultés mentales, le contemplatif voit au contraire son intelligence s'agrandir dans une intuition sur Dieu auquel sa volonté adhère très fortement. De cette union mystique il garde ensuite le souvenir. Mais surtout il en manifeste la fécondité par la haute tenue de sa vie. Loin d'être déprimé par ses extases, il en sort avec un esprit éclairé, un caractère plus affermi, et un niveau moral qui ne cesse de monter. Songeons à l'énergie supérieure dont témoignent sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne, et tant d'autres extatiques. Les moindres d'entre eux se font au moins remarquer par de grandes vertus et par un admirable désintéressement, a L'âme ne désire plus que la volonté de Dieu, dit sainte Thérèse... Désormais elle ne veut rien posséder en propre : à Notre-Seigneur de disposer de tout dans l'intérêt de sa gloire et pour son bon plaisir. Oui, c'est bien ainsi que lo ; choses se passent quand les ravissements sont véritables, et ce sont là les effets, les avantages qu'ils laissent après eux. S'il en était autrement, je douterais beaucoup qu'ils vinssent de Dieu, je craindrais plutôt que

Page 1