‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 218 sur 227 · Château, quatrièmes dem., ce. IIl · texte numérisé non relu

Château, quatrièmes dem., ce. IIl

ce ne fussent de ces accès de rage dont parle saint Vincent i. » La défaillance corporelle prise à part n'est donc qu'une misère ; c'est une faiblesse morbide dont il faut travailler à se guérir quand elle vient d'un état de santé particulièrement mauvais ; et c'est une faiblesse commune à l'humanité, que l'on doit supporter patiemment, lorsque l'union mystique qui la produit en vaut la peine, ou que l'aliénation des sens est nécessaire pour permettre une vision. Oui, la raison principale des extases, des ravissements eux-mêmes, saint Thomas la trouve dans l'infirmité de l'homme. Les forces de son âme sont limitées, et durant la vie terrestre le corps n'est pas assez soumis à l'esprit *.

Dans l'autre monde, quand l'esprit régnera parfaitement sur le corps ressuscité, les élus garderont l'usage de leurs sens et pourront converser les uns avec les autres tout en jouissant de la vision divine *. Dès ici-bas Notre-Seigneur avait ce privilège. Ses facultés ne s'influençaient ni ne s'entravaient. Chacune produisait son acte librement et avec plénitude. C'est pourquoi il pouvait voir Dieu tout en gardant le plein usage de ses sens, et souffrir cruellement dans ses membres sans perdre la céleste béatitude ♦.

D'ailleurs les mystiques qui continuent à progresser sont peu à peu délivrés des défaillances extatiques. Saint Jean de la Croix en fait expressément la remarque : « La partie sensitive de l'âme est faible, impropre aux fortes émotions de l'esprit, et c'est pourquoi, à raison de l'action spirituelle sur les sens, les avancés souffrent dans la partie sensitive de nombreuses faiblesses, des accidents physiques et par là des fatigues d'esprit. Le sage nous, en avertit : le corps, sujet à la corruption, appesantit l'âme '". De là vient aussi que les communications faites à ces âmes ne peuvent avoir l'intensité, la force ni la spiritualité re..]uise pour

1. Vie,ch. XX. — cf. SAINT vixctCNT FtuuiliR Trotté d* la vie j-piri(uei»«, ch. ■xri et XIV.

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