‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 22 sur 227 · Il» II», qu. 23, a. 6 : qu. 27, a · texte numérisé non relu

Il» II», qu. 23, a. 6 : qu. 27, a

trouve déjà en qualité de Cause première à l'intime de notre être. Il s'y rend donc présent à un nouveau titre, incomparablement supérieur au premier. Il s'unit immédiatement à nous en qualité d'ami.

« Il s'y rend présent, il s'unit à nous », avons-nous dit. Mais il faut corriger ce que ces expressions ont d'impropre, car nous le répétons. Dieu ne change pas. C'est nous qui sommes modifiés et qui entrons en communication immédiate avec Lui, par cette vertu de charité qui, une fois reçue en notre volonté et la surélevant, nous donne prise sur Lui.

Dans l'homme à qui la grâce et la charité font défaut, Dieu ne cesse pas d'être présent substantiellement. II faut bien qu'il soit là toujours pour soutenir l'être de sa créature. Ne nions pas cette vérité métaphysique qui fut établie dès le début de ce chapitre.

Mais du côté où la psychologie humaine déploie ses facultés, c'est comme si Dieu n'y était pas. Il échappe absolument au contact de l'homme pécheur. C'est à tel point que le plus grand philosophe qui disserte sur le Créateur et admire ses œuvres à travers le monde, ou le théologien le plus éminent qui réfléchit sur le dogme de la Trinité, ne peuvent, s'ils sont privés de la grâce, atteindre Dieu en Lui-même, malgré tous les efforts de leur génie.

En regard de ce philosophe et de ce théologien, placez le petit enfant qu'on rapporte des fonts baptismaux. Il possède, lui, dans son âme inconsciente, la Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit. Saint Thomas l'affirme dans un texte que nous avons cité tout à l'heure. Et de fait, cet enfant est dès maintenant doué de la vertu de charité, qui ne s'acquiert pas par l'effort humain, mais que Dieu seul peut produire et qu'il accorde même aux nouveaux-nés par le sacrement de baptême. Cette vertu renforce d'ores et déjà la vigueur potentielle de la volonté encore endormie, et par conséquent Dieu est là, à l'intime de cette âme d'enfant, non seulement pour maintenir dans l'être, ainsi que tout le reste, cette vertu qui est de l'être, et du meilleur, mais aussi pour la spécifier. 1! la fait apte à aimer divinement, et lui-même se fient prêt à être rejoint immédiatement,

l'hote divin 21

le jour où le sens religieux de l'enfant s'éveillera. Dieu est présent en qualité d'objet aimé.

A plus forte raison demeure-t-Il à ce titre-là dans les âmes qui ont déjà épanoui en acte leur puissance de charité, et par un élan d'amour ont comme embrassé leur Dieu. II y demeure même en dehors de ces instants passagers oîi elles peuvent se recueillir et vivre avec lui consciemment.

Bref, Dieu est l'hôte perpétuel de toute âme en état de grâce, — dulcis hospes animae, suivant l'expression de la Sainte Église.

Nous comprenons dès lors ces paroles de saint Jean : « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu demeure en lui 1 » ; nous saisissons toute la portée des promesses de Jésus quand II disait en son discours d'adieu : « Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre séjour ^ » ; nous apprécions à leur valeur tant de passages des lettres de saint Paul à ses communautés» qui se résument tous en celui-ci : « Vous êtes le temple de Dieu et le Saint-Esprit habite en vous ^. »

De là vient ce nom de Théophore, «porte-Dieu», qu'aimaient à se donner les chrétiens des premiers siècles. — Quel est ce Théophore ? disait le juge à saint Ignace martyr. — C'est celui qui porte Jésus-Christ dans son cœur. — Alors tu portes Jésus-Christ ? — Sans aucun doute, car il est écrit : Je ferai en eux ma demeure. » Saint Andronicus répondait pareillement : « J'ai le Christ en moi. » Et sainte Lucie : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont les temples de l'Esprit- Saint. »

Mais, il faut le reconnaître, dans ce temple qu'elle remplit de sa présence la Sainte Trinité reste toujours cachée. Non seulement les impies, mais ceux-là même qui possèdent Dieu ne le voient pas. Et c'est le côté négatif de son habitation en nous, sur lequel il faut insister maintenant.

i. I Joan., IV, 6

Page 1