Nuit obscure, 1. II, ch. t
dans cette dernière Demeure, ne s'étonne plus d, rien, soit qu'elle ait perdu le sentiment de sa solitude depuis qu'elle jouit d'une si divine compagnie, soit pour quelque autre cause que j'ignore, toujours est-il, mes sœurs, que du moment où le Seigneur lui découvre les merveilles de cette Demeure et lui en ouvre l'entrée, elle perd cette grande faiblesse qui lui est si pénible, et dont rien n'avait pu la délivrer. Peut-être cela vient-il de ce que le Seigneur l'a fortifiée, dilatée et rendue capable de ses opérations. Peut-être aussi voulait-il auparavant rendre publiques les grâces dont ii la favorisait en secret, et cela pour des fins connues de lui, car ses jugements dépassent tout ce que notre esprit peut concevoir ici-bas ^. »
A partir de ce moment l'âme mène à la fois comme deux vies : la vie ordinaire des sens qui ne s'interrompt plus, et une vie avec Dieu plus réelle et plus intense que l'autre. L'union mystique persévère sans contrarier l'activité extérieure. Au contraire elle l'aide beaucoup et en multiplie la fécondité. Ce sont les beaux jours de l'apostolat. La charité envers le prochain peut s'épanouir merveilleusement.
Telle vécut toujours la Sainte Vierge. Il n'y avait rien en elle qui ne fût pur dès l'aube de son existence. Tout était parfaitement ordonné sous l'empire de l'amour de Dieu. Aussi ne voyonsnous point qu'elle ait jamais eu à passer par ces extases et ces ravissements. Au dehors, elle mena la vie simple des femmes de sa condition, et quand Jésus commença d'étonner le monde, les gens de Nazareth se scandalisèrent en disant : « Mais n'est-ce pas le fils de Marie ? * »
Ajoutons que chez des personn( s d'un tempérament très équilibré, et que Dieu ne ravit pas pour leur donner des visions, il peut se faire que la crise extatique soit réduite à un minimum qui n'attire guère l'attention des spectateurs.
En tout cas retenons bien que ces phénomènes extérieurement observables et d'ailleurs si complexes, ces accidents qui varient d'un tempérament à l'autre et qui semblent pouvoir