‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 24 sur 227 · Cf. surtout art. 11, cum resp. ad · texte numérisé non relu

Cf. surtout art. 11, cum resp. ad

2. II» II», qu. 180, art. 5. — Autre texte : « Quantumcumque homo in statu visB profecerit, ad statum tamen illuin quo Dcus per essonliani videlur non pertingit. » (// Sent., dist. 23, qu. 2, a. 1). — A la rigueur saint Tliornas admettrait que Adam eût pu recevoir la mémo faveur que Moïse ou Saint Paul, à un moment donné (1», qu.94, a. 1). Toutefois, comme ce n'est pas affirmé expressément dans l'Écriture, il préfère s'en tenir à la négative (De Veritate, qu. 18, a, 1, ad 14).

l'hote divin 25

Voilà bien la vision intuitive atténuée. Or saint Thiomas se montre très sévère pour elle.

« Cela est contraire aux témoignages de l'Écriture qui concordent tous pour placer la béatitude dernière de l'homme dans la vision divine. Par conséquent du même coup qu'il voit l'essence divine l'homme devient bienheureux. Et ainsi nul, tant qu'il se trouve en marche vers la béatitude, ne peut voir l'essence divine...

» La raison, la voici. A chaque nature est assignée un terme suprême où elle s'établit dans sa perfection dernière. L'homme, considéré comme homme, ne trouvera sa perfection que dans un acte de cette intelligence qui le constitue en sa dignité d'homme. Mais pour juger de la perfection de l'acte intellectuel, on peut se placer à deux points de vue différents. Premièrement on se base sur la qualité des objets intelligibles. Plus l'objet sera excellent, plus l'intellection sera parfaite. La plus parfaite opération intellectuelle, dit Aristote, est celle d'une intelligence bien adaptée portant sur le meilleur objet intelligible ; comme la plus belle vision corporelle est celle d'un œil en oon état regardant ce qu'il y a de plus beau à voir.

» Secondement, on peut distinguer des degrés dans l'opéra tion intellectuelle d'après le mode d'intellection. Il est possible, en effet, qu'un seul et même objet intelligible soit perçu de diverses manières par divers individus, par l'un plus parfaitement, par l'autre moins.

» Mais il est impossible que le terme dernier de la perfection humaine vienne • d'une manière de connaître ; car dans ces manières il y a des degrés de perfection à l'infini. (Où trouverait-on ce terme ?)

)> Il faut donc que le terme dernier de la perfection humaine soit pris non de la façon plus parfaite de percevoir, mais de la qualité de l'objet perçu, et que ce terme soit l'opération intellectuelle qui atteint le plus parfait objet intelligible, savoir l'essence divine. Voilà donc ce qui constitue une créature raisonnable dans la béatitude, la vision de l'essence divine, et non pas la façon plus ou moins claire de la voir. La vision du bienheureux et celle de l'homme qui s'achemine

Contemp. Mystique, 3

vers la béatitude ne se distinguent pas selon le plus ou moins de perfection dans la façon de voir, mais parce que dans le premier cas on voit, et dans l'autre on ne voit pas. Et par conséquent, Adam se trouvant encore en route vers la béatitude n'a pas vu l'essence divine ^. »

On sait pourtant avec quelle générosité notre Docteur a reconnu chez Adam tous les dons possibles. Mais précisément celui-là était une impossibilité. Sans lumière de gloire pas de vision de l'essence divine. Et la lumière de gloire c'est l'entrée dans la béatitude.

D'ailleurs les grands mystiques, lorsqu'ils pèsent leurs mots, ne parlent pas autrement. (Et n'oublions pas que saint Thomas aussi fut un grand mystique, comme en témoignent ses biographes.) Saint Jean de la Croix, à plusieurs reprises, nie expressément que les contemplatifs aient une connaissance intuitive de l'essence de Dieu. Tout le monde sait que, pour lui, l'état mystique, même à son degré suprême, c'est toujours « la nuit ». Il y a d'abord la « nuit des sens », c'est l'état mystique aride ; puis « la nuit de l'esprit » qui comprend les trois degrés détaillés par sainte Thérèse : quiétude, union, extase ; enfin, « la troisième nuit » qui correspond au mariage spirituel, degré suprême auquel une âme de la terre puisse arriver. Et c'est toujours la nuit, la nuit de la foi : sponsabo te in fide : je t'épouserai dans la foi. « Les trois nuits n'en forment qu'une », dit saint Jean de la Croix ^. « Les communications et manifestations divines, pour grandes qu'elles soient, les connaissances les plus étonnantes et les plus sublimes accordées à l'âme ne montrent jamais Dieu selon l'essence, et n'ont même rien de commun avec cette réalité. A la lettre. Dieu reste toujours caché à l'âme 8. »

Mais revenons à saint Thomas. Pour lui donc, une fois Jésus,

1. Non igitur visio beati a visionc viatoris distinguitur per hoc quod est perfectius et minus perfecte vidcre ; sed per hoc q\iod est vidcre et non videra. Et ideo, cura Adam fuerit adhuc in via ad bealiludinom, Deum per essentiam non vidil. {De Verilate, qu. 18, art. 1.

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