Chap. 1, § IV, p
et du libre arbitre, suivant ces paroles : « C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire » {Phil. ii).
La pensée de saint Thomas est bien claire. Et dès maintenant nous sommes en droit de tirer cette conclusion : outre le concours divin absolument nécessaire à l'acte de toute cause seconde et grâce auquel nos facultés humaines surnaturalisées peuvent agir à la mesure de leur puissance ^, l'Esprit-Saint en raison de certaines difficultés, ou par suite d'un amour spécial, accorde parfois, de temps en temps, des secours extraordinaires. Ce sont det, suggestions et de bons mouvements d'un ordre à part, supérieurs à ce que demande l'exercice de nos aptitudes imparfaites, bien qu'ils soient très conformes aux besoins de l'âme et à la bonté divine ^, — des instincts divins qui opèrent en nous sans que nous ayons part à la détermination qui nous met en activité, mais non sans que nous réagissions vitalement et avec le plénier consentement de notre volonté, — car l'impulsion de l'Esprit-Saint est éminemment suave en même temps que souverainement efficace, elle ne supprime pas notre liberté, elle fait notre acte libre.
Ces grâces ont un nom dans le langage théologique. Tandis qu'on appelle grâces actuelles coopérantes le concours ordinaire dont nous parlions tout à l'heure, celles-ci se nomment grâces opérantes. « Lorsque pour produire un effet, dit saint Thomas, notre âme a été mue sans s'être mue elle-même, Dieu seul ayant été cause de son mouvement, l'œuvre est attribuée à Dieu : c'est la grâce opérante. Mais lorsque notre âme se meut et est mue tout ensemble, l'œuvre accomplie appartient à notre âme en même temps qu'à Dieu : c'est la grâce coopérante 3. »
1. I» II», qu. 109, a. 9, c. et ad 1, avec le commentaire de Cajdtan.
2. Ibid. à partir de « secundo ralione speciali. » — Ce texte rejoint évidemment la question 68, a. 2, c. et ad 3, et plus encore les articles ultérieurs où l'angëlique Docli'ur montre la nécessité de chaque don en particulier, par ex. don de conseil, 11» 11», qu. 52, a. 1, don de force. II» 11", qu. 139, a. 1.
3. 1» II", qu. 111, a. 2. — L'identification entre l'instinct des dons et la grâce opérante ressort du rapprochement des articles de saint Thomas. Font expressément cette identification le Cabh. Billot (De Virtutihns itifusis
Ce n'est donc pas tant au résultat qu'à la manière d'y parvenir que l'on peut reconnaître les actes dus aux inspirations du Saint-Esprit et les distinguer de ceux qui sont produits par l'effort humain assisté de la grâce ^.
Il y a des difficultés qui sont spéciales à tel individu donné. Pour y obvier, le Saint-Esprit interviendra en réponse aux prières qui lui sont adressées. N'empêche que l'œuvre accomplie pourra bien n'être pas supérieure à celle d'une autre personne mieux douée, chez qui la grâce coopérante suffit.
Mais tenant compte des difficultés d'ordre général, des difficultés de la perfection surnaturelle elle-même qui demande une si grande élévation d'âme, nous dirons que les œuvres supérieures à l'ordinaire vertu humaine sont particulièrement du ressort des inspirations divines. A l'âme vertueuse qui a donné sa mesure le Saint-Esprit vient en aide pour prolonger ses efforts. Le but de ses interventions est bien d'assurer le salut, mais plus encore de promouvoir la perfection des enfants de Dieu. C'est ainsi que saint Thomas l'a compris dans cet article de la Somme où il met en parallèle les vertus et les dons du Saint- Esprit, double source des béatitudes promises par le Sauveur ^.
Notre fin, dit-il, c'est la vie bienheureuse que nous espérons posséder dans le ciel. Les voluptés terrestres essaient de nous
p. 178), le P. DEL Prado (De Gratia et lib. arbitrio, t. I,p. 237 ; t. II, p. 225), Je P. Gardeil (Dict. de Théol. Vacant-Mangenot, Dons, col. 1775), etc.
Mais il ne faut pas confondre giâce opérante etgiâce purement excitante. Celle-ci n'épuise pas toute la eompiéhension de celle-là. Entre autres différences, la grâce simplement excitante préviert l'œuvre de notre libre arbitre, tandis que la grâce opéiante peut aller jusqu'à l'achèvement de notre acte libre.