‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 40 sur 227 · lire, qu. G8, a · texte numérisé non relu

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genre pour disposer notre âme à recevoir facilement l'inspiration de l'Esprit-Saint lui-même.

Sans doute, dans le premier cas aussi, l'Esprit fait sentir son action surnaturelle. Mais c'est en se pliant au mode d'agir de nos facultés humaines. Rien n'est changé dans le fonctionnement de notre organisme psychologique, bien qu'il soit orienté vers un but supérieur et que l'onction divine nous donne d'y aspirer avec une vigueur nouvelle. Les vertus théologales sont réglées par le mode de comprendre étroit et limité qui est propre à l'homme. Les vertus morales consistent toujours à chercher le juste milieu par une réflexion personnelle. Bref tout le mouvement de l'âme s'accomplit suivant la manière humaine ^.

Or les initiatives de l'Esprit sont d'autre sorte. Ce sont des impulsions, des illuminations de sa façon à lui qui est transcendante à la nôtre '■^. Aussi bien, s'il en était autrement, elles ne justifieraient pas leur raison d'être.

Mais voici la conséquence. Ce qui est disposition adaptée au mode d'agir humain, ne l'est pas à ce mode tout différent, quasi-divin. Il faut donc des habitudes nouvelles. Outre les vertus infuses, sont requis les dons permanents du Saint- Esprit.

« Création originale, à coup sûr, et unique ! écrit le P. Gardeil 3, mais n'est-il pas aussi unique le cas d'un être moral qui se trouve aux prises avec un but qui le dépasse absolument, sous l'action de l'influence directrice divine elle-même qu'il est impuissant à capter dans ses énergies ? Ne faut-il pas de ce chef, à côté des vertus toujours actives, des dispositions réceptives pour toutes ces influences divines que l'activité humai;. ^ ne saurait canaliser, ne faut-il pas des disponibilités permanentes vis-à-vis de tout ce que Dieu voudra opérer en lui?»

1. «Modo humano... secundum regulam rationis », dit S. Thomas, /// Sent., dist. 34, qu. I, a. 1 ; I» II», qu. 68, a. 1, ad 3.

2. « Ultra humanum modum... ex altéra régula quam sit régula humanae virtutis, quae est ipsa Divinitas ab homine participata suo modo, ut jam non humanitus, sed quasi Deus factus participatione, operetur. r /// Sent., dist. 34, qu. 1, a. 3 ; II» II», qu. 9, a. 1, ad 1.

3. Les Dons du Saint-Esprit dans les Saints dominicains, p 52.

Les anciens théologiens mystiques se sont plu à comparer l'âme du juste, ainsi munie des sept vertus et des sept dons, au navire antique parfaitement équipé, gréé de rames et de voiles. Disons cela dans leur style savoureux : « Il est écrit dans Marc (vi, 48) : Le Seigneur vit que les disciples avaient beaucoup de peine à ramer. En effet, on n'avance qu'à grand'peine dans la voie de Dieu, lorsqu'on ne marche que par ses propres efforts et par son industrie, au moyen des vertus ordinaires. Mais si l'Esprit nous remplit l'âme intérieurement, et nous mène suivant ses règles, alors nous courons sans peine, parce notre cœur est dilaté, comme les voiles sous le souffle du vent. C'est pourquoi il est dit dans le psaume 118 : J'ai couru dans la voie de tes commandements lorsque tu as dilaté mon coeur ^. »

« Les dons du Saint-Esprit, écrit le P. Schwalm, ce mot est bien choisi pour marquer ce que cette promptitude à recevoir les souffles d'en-haut ajoute à la vertu. Vertu signifie verdeur, virilité, vigueur, initiative et puissance du bien du côté de l'homme ; don signifie largesse bénévole, initiative d'un bienfaiteur, correspondance à ses desseins chez le bénéficiaire. Les vertus sont le domaine propre de l'acétisme qui en est l'exercice, comme le dit son nom ; les dons sont un domaine plus mystérieux, puisque l'initiative divine s'y superpose aux ressources actives de la nature et de la grâce : les dons sont les facultés propres de la vie mystique ^. »

Mais nous n'avons parlé jusqu'ici que des dons en général. Parmi les sept dons du Saint-Esprit, quels sont ceux qui collaborent à la contemplation et comment le font-ils ? C'est la question qu'il nous faut maintenant résoudre.

§ 1 1 1. — • Les dons d'intelligence, de science et de sagesse collaborent, chacun diversement, a la contemplation mystique.

Ici-bas, comme au ciel, imparfaite ou parfaite, la contemplation est formellement un acte d'intelligence. Non que la

1. Jean de Saint-Thomas, in I»" Il«, disp. xviii, a. 2, n» 13 et 14

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