Préface de La Vie avec Dieu par le P. Faucillon, p. xxvu
volonté n'y joue un grand rôle : c'est par elle que l'on tend à ce but, par elle que l'on jouit finalement. Mais l'intelligence est la faculté qui saisit la vérité ^.
Nous ne pouvons donc chercher que parmi les dons intellectuels ceux qui serviront à la contemplation. Encore s'en trouve-t-il un qui n'est que pour l'action, le don de conseil. Celui-là aussi doit être mis de côté. Voici que, sur sept, trois au plus nous restent : l'intelligence, la sagesse et la science. Faudra-t-il de nouveau faire un choix ? D'aucuns le pensent. Beaucoup hésitent. Il est vrai que saint Thomas a varié sur ce point. Pour connaître sa pensée dernière, on doit tenir compte de l'ordre chronologique de ses ouvrages.
Si nous ouvrons d'abord son commentaire sur les Sentences *, nous le voyons distinguer deux procédés dans la contemplation humaine : le premier consiste à découvrir les vérités éternelles, le second à organiser toutes choses à leur lumière.
Parlons de la découverte. Voici la façon humaine d'y réussir. L'esprit part de données que lui fournissent les sens sur les qualités matérielles des corps et, les élaborant à l'aide de la mémoire et de l'expérience, il arrive bientôt à saisir des principes qui s'imposent à lui nécessairement dès qu'il comprend les termes dans lesquels on les énonce. Ceux-ci par exemple : on ne peut, à la fois et sous le même rapport, être et ne pas être ; deux choses égales à une même troisième sont égales entre elles ; le tout est plus grand que la partie, etc. Pour disposer la faculté intellectuelle à cette opération fondamentale, il y a une vertu à qui l'on réserve, parce qu'elle est primordiale, le nom même de la faculté qu'elle perfectionne : la vertu d'intelligence, c'est l'aptitude à percevoir les principes premiers.
Mais notre esprit ne s'arrête pas là dans la voie des découvertes. Sur ces principes élémentaires, sans cesse déterminés par l'apport des sens, il travaille, fait des déductions et des inductions, tire des conclusions, rattache des effets à leurs causes, passe du particulier à l'universel, définit certaines