‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 42 sur 227 · Sent., d. 34, q. 1, a · texte numérisé non relu

Sent., d. 34, q. 1, a

essences des choses matérielles. Les notions éparses qu'il acquiert ainsi constituent enfin ce qu'on appelle la science, résultat magnifique dont saint Thomas parle avec admiration i. Une vertu intellectuelle porte le nom de science. Elle nous perfectionne dans la recherche et l'acquisition des vérités qui sont à la portée de notre raison.

Par ailleurs, il est des vérités que nous ne pouvons atteindre de nous-mêmes et que seul le témoignage divin nous garantit. Aussi notre esprit, lairsé à sa manière humaine, ne connaît ces vérités supérieures que d'une façon énigmatique. Il y adhère pourtant par la vertu de foi.

Contempler ces réalités spirituelles comme à découvert, quasi mida veritate, c'est là une œuvre surhumaine. Or en cela consiste précisément la fonction du don d'intelligence, accordé par l'Esprit-Saint pour parachever les vertus intellectuelles que nous avons nommées, et tout particulièrement pour éclairer notre âme en face des vérités admisjs sur parole par la foi.

Tout cet ensemble de démarches constitue le premier procédé de la contemplation, celui qui tend à découvrir et à considérer ies vérités éternelles.

Arrivons au deuxième. Il s'agit maintenant de rassembler les vérités acquises et d'édifier une belle construction rationnelle qui en sera la synthèse. C'est l'œuvre de la Sagesse, la grande vertu intellectuelle du philosophe et du théologien. Le sage part d'un simple regard sur les grands principes et sur les causes suprêmes, au-dessus desquels plane l'idée qui, en définitive, rend compte de tout, la clef de voûte de l'édifice intellectuel, Dieu, conçu comme la source première d'où tout procède et la fin dernière où tout doit aller pour achever sa perfection. Le sage projette cette clarté sur la multitude des êtres et les insère chacun à sa place dans l'ordre éternel.

La Somme de saint Thomas est, sans contredit, le plus beau monument de la sagesse. Que l'on en parcoure seulement la table des matières : le grand Docteur y traite premièrement

1. • Illiid quod aggrcgatur ex omnibus coarticulatis, cxqiiisitis et collecUs fitaliquiti inaKTiuni.iUpotestapparere in sinRulisarlibus quss per diversoniin studia et ingénia iid mirabile incrementum pervonerunl. »(/n II McUiph., \ect. I).

de Dieu, la cause universelle et perpétuellement créatrice de l'être ; — deuxièmement, de l'émanation des créatures, de leur distinction et du gouvernement de tous ces êtres qui ne vivent que d'emprunt, reliés à l'Être divin par un cordon souple qui laisse à chacun son jeu naturel et son autonomie ; — troisièmement, du retour de toute créature vers Dieu, la créature intelligente entraînant les autres, grâce à la raison, reflet de la loi divine, qui lui permet de faire sa vie morale et d'aller elle-même à sa destinée ; — enfin de la Voie universelle et vivante qui est le Christ, le Médiateur entre Dieu et toute créature... « Pour saint Thomas, il y a quelque chose de meilleur que chacune des choses, c'est leur ordre, et il y a quelque chose de meilleur que leur ordre entre elles, c'est l'ordre de toutes à Dieu tel qu'il se trouve réglé par le Christ. ^ »

Si haute et si rare que soit la vertu de sagesse, son œuvre n'est pourtant pas au-dessus des moyens de l'homme, surtout quand il est soutenu par la foi. Mais supposez-le uni aux causes suprêmes, transformé à leur image, et dominant comme elles le flux et le reflux des contingences, supposez-le adhérent à Dieu au point de former avec Lui un même esprit, selon le mot de saint Paul 2, de telle sorte que ce soit par son expérience intime, quasi ex intima sui, qu'il apprécie tout le reste, et mette en ordre, non seulement ses connaissances, mais aussi ses activités et ses passions : cela est surhumain, — et c'est l'œuvre du don de sagesse.

Après avoir ainsi terminé ce qui regarde la contemplation, notre Docteur passe à la vie active pour laquelle, dit-il, s'emploient tous les autres dons, y compris celui de science. Et ceci ne laisse pas d'étonner. Pourquoi ne rapproche-t-il pas le don de science de la vertu du même nom, ainsi qu'il a fait pour les vertus et les dons d'intelligence et de sagesse ? Sans doute le théologien a sacrifié ici son système philosophique à l'ordre suivi par Isaïe qui, dans l'énumération des dons, sépare nettement la science de l'intelligence et de la sagesse, et la

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