‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 62 sur 227 · Sie THÉnÈSE, Chemin de la pcrfccion, ch. xxvi · texte numérisé non relu

Sie THÉnÈSE, Chemin de la pcrfccion, ch. xxvi

l'ascension de l'ame vers la contemplation 79

débuts : « Voici quelle était ma manière de faire oraison. Ne pouvant discourir avec l'entendement, je cherchais à me représenter Jésus-Christ au-dedans de moi... Presque tous les soirs avant de m'endormir, au moment où je recommandais à Dieu le repos de la nuit, je pensais quelques instants au mystère de la prière au Jardin. Je faisais ainsi depuis bien des années, et même avant d'être religieuse, car on m'avait dit que l'on gagnait par là beaucoup d'indulgences. Cette pratique me fut, je crois, très utile, car je commençai ainsi à faire oraison, sans même savoir ce que c'était... La vue de la campagne, de l'eau, des fleurs étaient aussi pour moi un secours. Dans ces objets créés, je voyais les vestiges du Créateur. Ils me portaient à la ferveur, au recueillement. Je m'aidais également du souvenir de mon ingratitude et de mes péchés ^. »

JVléthode bien conforme à la psychologie thomiste. Aussi saint Thomas la recommande-t-il expressément : « Telle est la faiblesse de l'âme humaine qu'elle a besoin d'être conduite à l'amour comme à la connaissance des choses divines par des objets qui frappent nos sens. Le principal est l'Humanité du Christ : c'est pourquoi l'on dit dans la Préface [au temps de Noël] : « afin que, connaissant Dieu sous une forme visible, nous soyons entraînés par lui à l'amour des choses invisibles *. »

Qu'on se rappelle « le mystère de Jésus « dans les Pensées de Pascal. C'est l'un des plus beaux modèles qui soient pour représenter ce procédé.

A ce secours de l'imagination, nombre d'âmes, surtout parmi les gens affairés et préoccupés, les simples et les enfants, les natures plus dispersées au dehors, auront même besoin d'en joindre un autre, celui de la parole et des signes extérieurs, gestes rituels, attitudes priantes. Et cela encore saint Thomas

1. Vie par elle-même, ch. ix. — Cf. ch. XXII, où sainte Thérèse développe cette thèse que » c'est par l'humanité de Jésus qu'on parvient à la plus haute contemplation ». — De même, Château, 6" demeure, ch. vii.

2. « Ex debilitate mentis humanas est quod indiget manuduci ad cognitionem divinorum, ita ad dilectionem, per aliqua sensibilia nobis nota. Inter quae praecipuura est humanitas Christi : secimdum quod in Praefatione dicitur : ut dum visibiliter Deum cognoscimus, per hune in invisibilium amorem rapiamur. (IT* Ilae, qu. 82, a. 3, ad 2).

eut soin de le noter ^. Les formules et les cérémonies saintes saisissent les imaginations mobiles et les enlèvent aux distractions de la vie courante. Semblables à cette porte symbolique qu'il faut fermer, nous dit Notre-Seigneur, afin de prier le Père dans le secret elle,^ font barriè.e entre l'esprit qui veut entrer en recueillement et les mille soucis extérieurs, et elles le fixent dans un état privilégié où il peut à loisir vaquer à Dieu. Non seulement elles provoquent ainsi et soutiennent la pensée religeuse, mais elles lui donnent son expression humaine la plus naturelle, lorsque, devenue intense, elle veut déborder. Alors les mots éclosent sur les lèvres et les gestes rituels s'accomplissent avec plus de ferveur. Par un choc en retour, ces mots et ces gestes accentuent encore la piété et lui font prendre un nouvel essor. C'est l'une des ressources principales de la prière liturgique et de l'office choral. C'est surtout le secret du rosaire, ce moyen divinement inventé pour conduire les plus humbles à la contemplation.

Saint Thomas, après avoir expliqué que les mots et les gestes sont les adjuvants de la prière mentale, nous donne cette règle excellente, « qu'on doit user de ces secours pour autant qu'ils servent à exciter intérieurement la pensée et la volonté ; que si, au contraire, les paroles causent des distractions ou constituent un obstacle quelconque, on doit s'en abstenir 2. » Or si parfaite est l'ordonnance du rosaire, qu'il ne semble pas donner lieu aux inconvénients signalés par saint Thomas. Ces Ave que l'on répète, toujours les mêmes, recueillent l'âme sans capter ses forces à leur profit ni en faire l'esclave des formules. S'ils l'arrachent aux préoccupations du dehors, et l'en émancipent, c'est pour la donner toute vive à la considération du mystère divin. Ainsi ces égreneurs de chapelets que des esprits superficiels accusent de psittacisme sont souvent les moins verbalistes entre les gens qui prient. Par le rosaire les âmes sont acheminées facilement à la contemplation. Et c'est pourquoi j'ai cru bon d'y insister.

Quelle que soit la méthode dont chacun se servira, suivant son

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