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l'ascension de l'ame vers la contemplation 93
est le foyer de notre action surnaturelle. N'est-ce pas elle qui nous met sous l'influence du Saint-Esprit ? Pour la pratique des vertus morales, dans le cours ordinaire de la vie, cette influence s'humanise ; elle revêt le mode de nos facultés. Grâce aux dons, destinés à venir en aide à nos forces défaillantes, et surtout à les prolonger quand par des efforts suivis elles ont donné leur mesure, le Saint-Esprit intentent pour nous faire agir à sa divine manière ; il se substitue à notre raison afin de gouverner, directement cette fois, notre vie morale. «Laisse-toi conduire à mes règles, vois comme j'ai bien conduit la Vierge et lessaintsqui m'ont laissé agir en eux^.))Mais dans l'un et l'autre cas c'est la charité qui se trouve à la base ; à elle tout se ramène en dernière analyse.
Dès lors le souci fondamental de l'âme sera d'entretenir en soi le feu de la charité, d'augmenter la ferveur de l'amour divin, de garder toujours son cœur pour Dieu. A ce mot cœur donnons le sens qu'il a dans saint Augustin, dans Pascal et même dans la simple formule que nos mères nous apprirent : « Mon Dieu, je vous donne mon cœur. » Orientons dès le matin tout notre vouloir vers Dieu, et d'un coup d'œil, souvent réitéré au cours de nos journées, surveillons la marche de notre vie. Est-ce que nous continuons vraiment d'aller à Dieu ? Oui. Alors c'est bien. Grâce lui en soit renoue. Si tout à l'heure il demande quelque sacrifice important, demeurons-lui encore fidèle. Au contraire nous détournons-nous pour rechercher quelque satisfaction d'amour-propre ? Hâtons-nous de rectifier l'orientation de notre vie et de rester dans l'ordre de la charité. Tout est là. A ce but doivent tendre nos retraites annuelles et nos exercices quotidiens. Ce sera spécialement la fin de nos méditations.
Mais nos méditations, à leur tour, sont filles de la charité. Après avoir montré comment celle-ci nous discipline moralement et ainsi nous met en état de mener la vie contemplative, il faut expliquer qu'elle nous y prépare plus immédiatement encore en nous poussant à l'étude et à la considération de l'ob-
i . PASCAL, Le mystère de Jésns.
jet divin qui captive notre amour. C'est la charité qui nous entraîne et nous soutient dans cet effort intellectuel que nous avons vu aboutir à la contemplation. « Lorsque l'homme, dit saint Thomas, s'est donné de tout cœur à la foi, il aime la vérité qu'il croit, et alors elle devient l'objet de ses méditations et il l'embrasse sous toutes les raisons nouvelles qu'il réussit à découvrir^. Si quelqu'un aime Dieu, cet amour l'enflamme et l'excite à contempler la beauté divine. Puis comme il y a joie à tenir ce qu'on aime, la contemplation s'achève en jouissance, ce qui augmente encore l'intensité de l'amour 2.» Ainsi la charité, dans une âme fervente, est comme le courant ininterrompu et toujours grandissant d'où jaillit, en étincelles de plus en plus fréquentes et vives, cette intuition contemplative qui donne sur la terre un avant-goût de la béatitude.
Selon la remarque de saint Thomas, les êtres intelligents participent à la béatitude plus ou moins, suivant la perfection de leur nature. En Dieu est la béatitude essentielle : car par son action qui ne fait qu'un avec son être il trouve en lui-même son éternelle jouissance. Au dessous, les anges bienheureux atteignent leur perfection suprême dans un acte d'union au bien incréé : opération unique, qui ne cessera jamais. Quant aux hommes, dans l'état de la vie présente, leur perfection dernière consiste aussi dans un acte qui les unit à Dieu. Mais cette opération ne peut être continuelle, ni une par conséquent, car les interruptions la multiplient. Et c'est pourquoi, durant la vie terrestre, l'homme ne saurait atteindre la parfaite béatitude. Aussi le philosophe, au premier livre de son Ethique, supposant que le bonheur des hommes appartient à cette vie, doit avouer qu'il est défectueux, et conclure en fin de compte : « Nous disons qu'ils sont bienheureux, dans la mesure où des hommes peuvent l'être. » Mais en fait Dieu nous a promis le bonheur parfait pour le jour où nous serons « comme les an^^cs dans le ciel», suivant la parole de l'Évangile (Matthieu, XXII, 30). Par une opération unique et qui ne cessera point, l'esprit humain se verra uni à Dieu.
i. Il» ii»i, qu. 2, a. 10.