‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 80 sur 227 · Traité de l'Amour de Dieu, liv. VI, ch. vil · texte numérisé non relu

Traité de l'Amour de Dieu, liv. VI, ch. vil

qu'ils ont en la privation, qu'ils avaient beaucoup de douceur en la possession. Or, il en est de mesme de l'ame qui est en repos et quiétude devant Dieu ; car elle succe presque insensiblement la douceur de cette préservée, sans discourir, sans opérer et sans faire chose quelconque par aucune de ses facultez, sinon par la seule pointe de la volonté qu'elle remue doucement et presque imperceptiblement, comme la bouche par laquelle entre la délectation et l'assouvissement insensible qu'elle prend à jouyr de la présence divine...

« Elle n'a plus besoin de s'amuser à discourir par l'entendement ; car elle voit d'une si douce veuë son espoux présent, que les discours luy seraient inutiles et superflus. Que si mesme elle ne le voit pas par l'entendement, elle ne s'en soucie point, se contentant de le sentir auprès d'elle par l'aise et satisfaction que la volonté en reçoit. Hé ! la mère de Dieu, Nostre-Dame et maistresse, estant enceinte, ne voyait pas son divin enfant : mais le sentant dedans ses entrailles sacrées, vray Dieu, quel contentement en ressentait-elle ! Et saincte Elizabeth ne jouytelle pas admirablement des fruicts de la divine présence du Sauveur, sans le voir, au jour de la tres-saincte Visitation ? L'ame non plus n'a aucun besoin, en ce repos, de la mémoire ; car elle a présent son bien-aimé. Elle n'a pas aussi besoin de l'imagination : car qu'est-il besoin de se représenter en image, soit extérieure, soit intérieure, celuy de la présence duquel on jouyt?De sorte qu'enfin c'est la seule volonté qui attire doucement, et comme en tettant tendrement le laict de cette douce présence ; tout le reste de l'ame demeurant en quiétude avec elle par la suavité du plaisir qu'elle prend ^ »

Sainte Thérèse avait dit pareillement : « Voici une comparaison que je vous prie de bien remarquer parce qu'elle me paraît très juste ^. L'âme ressemble alors à un petit enfant à la mamelle, attaché au sein de sa mère, qui, dans sa tendresse, lui fait couler le lait dans la bouche sans qu'il ait à remuer les

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