Le chemin de la perfection, ch. xxxi
le sujet que je traite, je me bornerai à dire que le Seigneur montre ici à l'âme qu'il veut contracter avec elle une union très étroite et qui exclue jusqu'à la moindre séparation. L'âme reçoit alors communication de grandes vérités. Cette lumière, qui l'éblouit au point de ne pas la laisser comprendre ce qui se passe en elle, lui révèle le néant du monde. Sans voir le Maître plein de bonté qui l'instruit, elle comprend qu'il est avec elle, et elle se trouve si bien enseignée, elle sent en elle des effets si puissants et tant de force pour pratiquer la vertu qu'elle ne se reconnaît plus et voudrait ne faire autre chose que bénir le Seigneur i. »
Sainte Thérèse décrivait ainsi la première phase bien sensible de la vie mystique. Écoutons-la maintenant nous parler de son plus haut degré. « Dieu daigne contracter avec sa créature une telle union, qu'à l'exemple de ceux que le sacrement de mariage joint d'une manière indissoluble, il ne veut plus se séparer d'elle. Dans les fiançailles spirituelles il n'en est pas de même : on se sépare souvent. La grâce de l'union n'est point permanente. L'union est la fusion de deux objets en un, mais pourtant ces objets peuvent encore se séparer et subsister séparément. C'est une faveur qui d'ordinaire passe vite, et l'âme se trouve ensuite sans cette heureuse compagnie, du moins elle n'en a plus le sentiment. Dans le mariage spirituel, c'est tout autre chose : l'âme demeure toujours avec son Dieu dans le centre dont j'ai parlé... Peut-être est-ce là ce qu'entendait saint Paul lorsqu'il disait : Celui qui s'approche de Dieu, qui s'attache à Dieu, devient un même esprit avec lui, et voulait-il parler de ce sublime mariage, qui suppose que le Seigneur s'est déjà approché de l'âme par l'union. Saint Paul dit aussi : Milii vivere Cliristus est, mori lucrum. L'âme, me semblc-t-il, peut maintenant se servir de ces paroles, car c'est ici que le petit papillon expire, mais avec une indicible joie, parce que Jésus- Christ est devenu sa vie.
« Cette vérité est rendue plus claire encore, avec le temps, par les effets ; car on reconnaît d'une manière évidente, par