‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 83 sur 227 · Pensées sur le CandV/i/r, ch. IV · texte numérisé non relu

Pensées sur le CandV/i/r, ch. IV

l'élément fondamental de l'état mystique 113

certaines aspirations secrètes, que c'est Dieu qui donne vie à notre âme. Et souvent ces aspirations sont si vives, qu'elles ne peuvent laisser place au moindre doute. L'âme, tout incapable qu'elle est de les exprimer, en a le sentiment très vif. Ces aspirations sont même si puissantes, qu'elles produisent par moments des paroles de tendresse dont on ne peut se défendre, telles que celles-ci : O vie de ma vie ! O soutien de mon être ! et d'autres de ce genre. C'est que, des mamelles divines, où Dieu sustente continuellement cette âme, s'échappent alors des ruisseaux de lait, qui réconfortent tous les habitants du château. Le Seigneur veut, ce semble, qu'ils aient leur part de la surabondante jouissance de l'âme. Il permet que de ce fleuve immense, où cette toute petite fontaine s'est perdue, jaillisse par instants un flot de cette eau céleste pour fortifier ceux qui, dans la sphère corporelle, doivent servir ces deux époux. Ainsi, de même qu'une personne qu'on plongerait soudain dans l'eau au moment où elle y songerait le moins, ne pourrait pas ne point le sentir, de même, et avec plus de certitude encore, l'âme perçoit les divines opérations dont je parle. Une eau ne peut jaillir à flots sans avoir sa source quelque part, ainsi l'âme comprend clairement qu'il y a en elle quelqu'un qui lance les flèches qui la transpercent et qui donne vie à sa nouvelle vie ; qu'il y a un soleil d'où procède cette brillante lumière, qui de son intérieur va illuminer ses puissances. Pour elle, je le répète, elle ne quitte point son centre, et rien ne lui enlève sa paix.Celuiquila donna aux apôtres assemblés est bien assez puissant pour lui en faire don à elle-même ^. »

Après la femme extraordinaire dont l'Église nous invite à admirer « les écrits empreints de céleste sagesse » ^, nous citerons son collaborateur, saint Jean de la Croix, qui l'a égalée dans l'explication de la mystique divine, et à qui l'Église a décerné les mêmes éloges ^. « Nous savons, dit-il dans son Can-

Page 1