Le château intérieur, sept, demeures, ch. il
2. Multa cœlestis sapientiae dociunenta conscripsit (Bréviaire, 15 octobre).
3. Indivinis explicandis arcanis œque acsancta Theresia, Apostolicœ sedis judicio, divinitus instructus, libres de mystica theologia cœlesti sapientia refertos conscripsit (Bréviaire, 24 novembre).
tique spirituel, que Dieu peut être présent à l'âme de trois manières différentes. D'abord il y a la présence essentielle. Elle n'est pas spéciale aux âmes justes et saintes ; les âmes même mauvaises et pécheresses l'ont en partage, comme aussi les autres créatures, car elle est le principe de leur vie, de leur être, et sans cette présence toutes disparaîtraient et cesseraient d'exister. L'âme n'en est donc jamais privée. Il y a, en second lieu, la présence divine par la grâce sanctifiante et elle se réalise quand Dieu se complaît dans une âme qui Lui est agréable et en fait sa demeure. Toutes les âmes ne jouissent donc pas de cette présence, car on la perd par le péché mortel, et nul ne peut savoir avec certitude, par voie naturelle, s'il la possède. La troisième présence est un effet de l'amour spirituel. Dieu en effet se plaît à favoriser spirituellement les âmes pieuses de bien des manières différentes, et les visite pour les consoler, les charmer, et leur donner du bonheur. Toutefois ces présences spirituelles, comme les autres, demeurent voilées. Dieu ne s'y montre pas à ces âmes tel qu'il est, puisque la condition de cette vie s'y oppose, ce qui fait que le vers en question est applicable à chacune de ces présences sans distinction :
t Dévoilez votre présence 1
« Comme l'âme sait parfaitement que Dieu est toujours en elle au moins selon la première manière, elle ne demande pas sa présence, mais que cette présence voilée qui existe en elle par nature, par la grâce ou par l'amour, se rende visible, afin qu'elle puisse contempler Dieu dans son Être et sa beauté. Par la présence essentielle. Dieu a donné à l'âme son être naturel, par la présence de la grâce elle a reçu sa perfection, elle demande maintenant d'être glorifiée par la manifestation de la Gloire divine. Cependant comme il s'agit ici d'une âme qui jouit déjà de toute la ferveur de l'amour divin, ce qu'elle demande au Bien-Aimé doit se prendre dans un sens spécial, celui de la touche d'amour dont elle a déjà joui. Cette présence affective a été alors si puissante, que l'âme a senti la présence mystérieuse d'un être immense d'où émanaient, par grâce insigne, de
l'élément fondamental de l'état mystique 115
vagues rayons de la beauté divine. Or l'effet de cette vision sur l'âme a été si profond qu'elle ne cesse d'être tourmentée par ce souvenir, et qu'elle défaille par désir de voir à découvert ce qu'elle a deviné caché sous cette présence. Elle éprouve l'ardeur de David quand il s'écrie : « Mon âme s'épuise en soupirant après les parvis du Seigneur » (Ps. 83). L'âme défaille donc en ce moment par désir de s'abîmer dans ce bien souverain à la fois connu et ignoré. Il a beau se dérober à sa vue, elle a le sentiment absolu de la perfection et des délices qui se cachent là. Elle se sent entraînée et emportée vers ce mystère avec une force supérieure à celle qui pousse un objet matériel vers son centre de gravité. Et ne pouvant plus maîtriser son avide désir, ni dompter son appétit dévorant, elle s'écrie :
« Dévoilez-moi votre présence ! » ^
Non seulement Dieu reste toujours voilé pour l'âme dans la contemplation mystique, mais il arrive même, au début surtout, que l'intelligence ne le connaisse pas mieux qu'auparavant. « Il se peut que les deux puissances, entendement et volonté, s'unissent, dit saint Jean de la Croix... Pourtant, avant d'en arriver là, il est plus ordinaire d'éprouver la touche d'amour dans la volonté, plutôt que la touche d'intelligence dans l'entendement 2. » Le saint y revient encore dans deux autres de ses ouvrages : « Ainsi donc il arrivera souvent que la volonté sera enflammée et transportée d'amour sans rien comprendre ni rien savoir de plus qu'avant, car Dieu règle l'amour dans l'âme ainsi qu'il est dit par l'Épouse dans le Cantique : Le Roi m'a fait entré dans son cellier et a réglé en moi la charité (II, 4), Il n'y a donc pas lieu de craindre l'oisiveté de la volonté en cet état ; car si l'âme suspend les actes d'amour qu'elle fait de soi, d'après les connaissances particulières. Dieu les fait revivre lui-même en elle, l'enivrant secrètement d'amour infus. Il utilise l'intermédiaire de la connaissance de contemplation ou la néglige comme nous venons de le voir, et ces actes sont d'au-