‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 86 sur 227 · Le Cintique spirituel, strophe XXVI, Coinmentairc · texte numérisé non relu

Le Cintique spirituel, strophe XXVI, Coinmentairc

l'élément fondamental de l'état mystique 117

mon Essence, mais seulement dans l'effet de ma Charité, qui se manifeste de diverses manières, suivant qu'il plaît à ma Bonté de me découvrir moi-même à eux ^. »

On ne peut s'attendre à trouver dans l'œuvre scolastique de saint Thomas d'Aquin la richesse et l'ampleur des descriptions psychologiques dont les livres d'une sainte Thérèse ou d'un saint François de Sales sont remplis. Mais il ne manque pas çà et là de textes qui prennent un singulier relief quand ils tombent sous les yeux d'un lecteur tant soit peu familiarisé avec les auteurs mystiques. Et ces textes ont de plus le grand avantage de vous donner, dans leur langue sobre et précise, le terme juste, le mot technique qui vous suggère, s'il ne l'exprime tout à fait, l'explication philosophique et théologique du phénomène en question.

Recueillons quelques-uns de ces passages.

Voici de quelle façon saint Thomas commente le verset du psaume 33 : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. « L'expérience sensible a lieu de façon diverse, suivant que l'on est à distance des choses ou en contact. Dans un cas, l'expérience se fait par la vue, l'ouïe ou l'odorat ; dans l'autre, par le toucher ou le goût : par le toucher si la chose nous est extérieure, par le goût si elle nous est intime. Or Dieu n'est pas éloigné de nous, ni extérieur à nous, il est en nous. Vous êtes en nous, Seigneur, dit Jérémie (XIV). Et par conséquent l'expérience de la bonté divine s'appelle une dégustation. A cette expérience on assigne un double effet. Le premier, c'est la certitude de l'esprit, le second, la tranquillité du cœur. Le prem.ier est signifié par ces mots : et videte, et voyez. Dans les choses corporelles on voit d'abord, et après on goûte ; mais dans les choses spirituelles on commence par goûter, et l'on voit ensuite ; parce que nul ne connaît s'il ne goûte; voilà pourquoi il est dit premièrement : « goûtez », et seulement après : « voyez ». Quant au second effet il est exprimé par ces mots : « que le Seigneur est doux. » Oh ! qu'il est bon, qu'il est doux. Seigneur, votre esprit au-dedans de nous ! est-il écrit au livre de la Sagesse (XII). »

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