S. Bernard., in Ps. Qui habitat, serm. I, n
l'hote divin 7
En effet, c'est dans l'être des anges bienheureux, au Ciel en un mot, que l'action divine se fait le plus magnifique, s'exerce avec une munificence dont rien ailleurs ne peut donner une idée. A tel point que l'on peut dire : Dieu est là, les anges sont près de Lui. Et, en comparaison, à peine peut-on ajouter qu'il nous est présent à nous-mêmes.
Cependant si nous prenons encore les choses relativement, il existe un écart immense entre le juste dont la nature, les puissances, toute l'activité sont surélevées par la grâce, et le pécheur qui en est privé. On dit couramment que le pécheur vit loin de Dieu. Saint Augustin nous explique en parlant de lui-même de quelle région lointaine il s'agit : « J'étais loin dans la région de la dissemblance ^ » « Les créatures sont éloignées de Dieu, dit saint Thomas, dans la mesure où leur être diffère du sien 2. »
Par contre le juste entre très intimement dans la présence de Dieu du fait qu'il possède la grâce sanctifiante, car cette fois il se trouve comme recréé à un degré supérieur *. Désormais il participe réellement à l'être même de Dieu, Tout à l'heure il recevait son être naturel par un don de Dieu immédiatement agissant. Mais voici qu'en vertu d'un privilège absolument gratuit il communie à l'être divin lui-même en ce qu'il a de transcendant.
Dieu, quand il donne la grâce, est semblable non plus à l'artiste qui façonne une œuvre quelconque, ou au Maître qui instruit un disciple, mais au père qui engendre un fils en lui transmettant sa propre nature. L'enfant qui revient des fonts baptismaux a été régénéré, il est devenu « fils de Dieu ». « Ce n'est pas du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de
1. «Longe eram in regione dissimilitudinis. » (Conf., 1. VII, c. 10.) — ailleurs : « Ab eo (Deo) longe esse dicuntur qui peccando dissimillimi facti sunt. • (De preesentia Dei, cap. v., n. 17).