Ch. vr, L'intuition obscure de Dieu
son Épouse, et en lui témoignant un grand amour très pur et très délicat. En retour des ferveurs et des anxiétés d'amour qui viennent d'agiter l'âme, les récompenses qu'elle reçoit des visites de l'Époux sont ordinairement d'an prix exceptionnel. Dans la strophe précédente, l'âme a manifesté le plus vif désir de contempler les « yeux divins », et exauçant sa prière le Bien- Aimé lui découvre quelques rayons de sa grandeur et de sa Divinité. Or ces rayons sont d'un tel éclat, et communiqués avec une telle puissance, que l'âme sort d'elle-même par ravissement et extase. Au début un tel phénomène atteint la nature par une vive impression de souffrance et de terreur ; c'est pourquoi l'âme, trop faible pour en supporter la violence, s'écrie maintenant :
« Détournez-les, vos yeux, mon Bien-Aimé !
« C'est-à-dire, détournez de moi ces yeux divins qui me font prendre mon vol, m'arrachent à moi-même, et m'entraînent en une contemplation qui surpassent mes forces naturelles... En effet les visites d'extase sont accompagnées parfois d'un tourment si vif, qu'aucun autre ne secoue aussi violemment l'ossature du corps, et ne menace la vie naturelle, qui sans la grâce divine serait détruite. Et c'est bien l'impression de l'âme envahie par cette visite; il lui semble qu'elle se détache de la chair, et abandonne son corps. L'être physique n'est pas fait pour supporter le poids de telles faveurs; car l'esprit, dans son élan vers l'Esprit divin qui vient à l'âme, ébranle nécessairement l'équilibre de la chair. De là viennent des souffrances corporelles qui ont leur répercussion sur l'âme, parce qu'elle ne fait qu'un tout avec le corps. Le grand tourment éprouvé à ce moment, la terreur qui vient à l'âme en se voyant traitée surnaturellement, se traduisent par cette supplication :
« Détournez-les, vos yeux, mon Bien-Aimé ! ' "
Mais ces extases douloureuses sont le prélude des fiançailles