‹ La continence est-elle nuisible ?Chapitre 17 sur 30 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Opinions.

Beaucoup de médecins ont affirmé n'avoir jamais constaté de maladies dues à la continence; d’autres, au contraire, l’accusent de produire des symptômes morbides souvent peu graves, mais parfois aussi des affections terribles capables d'’entrainer la mort.

Nous examinerons brièvement leurs dires :

Wieckard prétend qu’une continence prolongée « rend l'homme chagrin, indiscipliné et sauvage, ainsi qu'on peut le remarquer chez les marins » (reste à savoir si c’est l'absence de rapports sexuels ou bien les fatigues, les privations, l'isolement forcé des longues traversées qui leur aigrit le caractère). De plus, elle produirait des pertes séminales, du gonflement des testicules, de l’altération du sperme, elle déterminerait du priapisme, des convulsions, du délire.

Descourtilz affirme qu'elle engendre la mélancolie et de grandes peines morales.

Pour Lallemand, la continence absolue et prolongée — quand elle ne produit pas de pertes séminales — produit toujours une excitation cérébrale pouvant aller jusqu'au délire. Les travaux les plus absorbants ne peuvent empêcher l'esprit d'être envahi de pensées génésiques, d'images voluptueuses. Il reconnait toutefois qu'il y a des variations dans le degré de ces troubles avec les individus et que l'éducation, la volonté, l'hygiène peuvent souvent calmer les sens.

Erb attribue à la continence les idées érotiques qui obsèdent

les jeunes gens d'un fort appétit sexuel qui ne pratiquent pas le ecit. Elle peut déterminer encore des douleurs dans les reins, l'urèthre, les testicules, une diminution des forces intellectuelles, des palpitations, une tendance à la neurasthénie, etc.

Wistrand la charge de tous les crimes : suicide, onanisme, aliénation mentale, folie, accès de fureur, imbécillité, hystérie, spasmes, ete.

Pour Hammond, elle peut avoir pour suite l'impuissance définitive ; pour Schrenk Notzing, elle peut mettre en péril la libre volonté, exposer au satyriasis et aux perversions sexuelles.

Voici ce que dit Le professeur Herzen (de Lausanne) : «On dit que la santé réclame la satisfaction du besoin génital; je n’hésite pas à déclarer que cela est faux ».

Le professeur Fournier (de Paris), déclare : « On a parlé indüment et à la légère des dangers de la continence pour le jeune homme. Vous avouerai-je que si ces dangers existent, je ne les connais pas et que moi, médecin, j'en serais encore à ne pas les avoir constatés, bien que les sujets d'observation ne m'aient pas manqué en la matière ».

«Il n'y a pas de pathologie de la continence », dit Féré.

Le professeur Beale (de Londres) estime « qu’on ne saurait trop répéter que l'abstinence et la pureté la plus absolues sont parfaitement compatibles avec les lois physiologiques et morales ».

« Je n'ai jamais vu une seule maladie produite uniquement par la chasteté », écrit le professeur Mantegazza.

« Avant le mariage, la continence absolue des jeunes gens peut et doit être observée », écrit Acton. Ribbing est du même avis.

La Faculté de médecine de Christiania n'a pas dédaigné d'émettre son avis : Le 28 décembre 1887, elle fit la déclaration suivante : « L'assertion proférée récemment par plusieurs personnes et reproduite dans les Journaux et les assemblées publiques, qu'une vie de pureté et de moralité serait préjudiciable à la santé, ne repose, suivant nos expériences constatées à l’unanèmité, sur aucun fondement. Nous n'avons jamais eu connais-

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sance d'un préjudice quelconque résultant d'une vie absolument pure et morale ».

Ont signé : MM. J. Nicolayson, E. Winge, Lockmann, 1. Heiberg, L. Tjort, T. Wann, Müller, E. Schônberg, professeurs de médecine à l'Université de Christiania.

La Conférence internationale de prophylaxie sanitaire et morale dans son Il° Congrès général tenu à Bruxelles en septembre 1902, parmi les vœux adoptés, a voté à l'unanimité le vœu suivant présenté par le professeur de Petersen, les doctéûrs Neisser, Bertarelli, Peroni, Pierson, M"° Bieber-Bühm, M. H. Monod :

« [1 faut surtout enseigner à la jeunesse masculine que non seulement la chasteté et la continence ne sont pas nuisibles, mais encore que ces vertus sont des plus recommandables au point de vue purement médical et hygiénique ».

Prenant texte d’un roman récent de Couvreur où l'auteur prétend que la chasteté « est une vertu antiphysique » et propose, pour faciliter à l’homme la satisfaction de son instinct sexuel, des moyens, qui, à défaut d'autre qualité, ont au moins le mérite de l'originalité, la Chronique médicale institua en 1906 une enquête sur la question de savoir si l’homme pouvait rester chaste jusqu'au mariage sans avoir rien à craindre pour ses facultés viriles et, dans la négative sur les procédés à rechercher pour lui permettre d'accomplir raisonnablement sa fonc- {ion avant l'heure de l'hyménée.

Les réponses furent nombreuses et variées. Nons résumerons les principales.

Morache reconnait la possibilité du « triomphe de l'esprit sur la matière ». Mais tous les hommes, ajoute-t-il, ne peuvent remporter cette victoire.

Pour Létienne, l'homme est irrésistiblement poussé par une force qui l'oblige à avoir des rapports sexuels.

IL est facile, dit Le Véziel, pour l'homme sain, bien équilibré, travailleur, de pratiquer la continence. Mais les tempéraments ardents, les imaginations vives y parviennent moins facile-

ment.

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L'homme doit rester chaste jusqu'au mariage, affirme Jablonski, l'abstinence n’est pas une cause d’amoindrissement des facultés viriles.

Tout organe non exercé s'atrophie, affirme Foveau de Commelles ; de plus, la continence produit parfois des déviations du sens sexuel.

Il semble que Nass ait voulu lui répondre en rappelant que les éleveurs obligent à garder une continence de cinq ans les chevaux destinés à devenir des étalons. Au bout de ce temps, ceux-ci font vite la preuve que la « graine » n’est pas desséchée.

Il faut arriver au mariage non déphosphatisé, dit de Backer.

La réponse du professeur Dubreuilh est longue et précise. Il connait parmi ses amis ou ses clients un bon nombre d'hommes de 25, 30 ans et au delà qui n’ontjamais eu de rapports sexuels; ou qui mariés n'en avaient jamais eu avant leur mariage. Ces cas ne sont pas rares. Il est du reste une catégorie de personnes chez qui les exemples abondent. La continence est possible et facilitée par l'éducation. Elle n’a jamais atrophié le testicule, et ceux qui se sont mariés après avoir été continents ne se sont montrés ni impuissants, ni inféconds.

Klotz-Forest affirme la nocivité de la chasteté, mais n’en donne pas de preuves.

Pour Lacassagne, la continence est utile jusqu'à 22 ans.

Le professeur Le Dantec n'ose pas résoudre la question.

Pour Lombard, elle demande de réels efforts pour être pratiquée.

Maigné affirme que le jeune homme peut et doit être continent avant son mariage ; ses organes n'ont rien à craindre.

Raoult, avec preuves à l'appui, montre que la continence n'offre aucun inconvénient.

Pour Rochard, elle est difficile et presque impossible à pratiquer; mais elle ne présente pas de dangers sérieux et nombre de continents une fois mariés ne se sont nullement trouvés impuissants.

Siguier dit que sa possibilité varie avec les individus, mais

dans tous Les caselle n'est pas une cause d’amoindrissement des qualités viriles.

Enfin Goy, dans sa réponse, résume son intéressante brochure De la pureté rationnelle où il montre que les prétendus dangers de la continence n'existent guère.

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