CHAPITRE IV
Ob servations.
Nous ne nous dissimulons nullement combien il est difficile en pareille matière de recueillir des observations complètes et exactes. Il est déjà malaisé en clinique d'obtenir d’un même : individu des renseignements véridiques et précis sur les phénomènes morbides dont il a été l'objet. À chaque instant, on rencontre dans ses réponses des contradictions, il égare le médecin, il le trompe souvent. Que sera-ce donc lorsqu'on voudra obtenir des confidences sur un sujet d'ordre aussi délicat, aussi intime! Les uns n'oseront avouer la vérité; les autres, au contraire, croiront forcer l'admiration (?) de leur interlocuteur en exagérant à plaisir.
Dans tous les cas, l'observateur sera obligé de se fier à la bonne foi du sujet, étant donné son impuissance à prouver que tel ou tel a observé ou non une continence plus ou moins prolongée.
On se trouve donc en présence d’une double alternative : ou bien renoncer à chercher toute observation, ou bien en recueillir dont on ne puisse affirmer l'exactitude et la sincérité absolues. On peut, il est vrai, avoir de grandes probabilités, touchant de près la certitude; mais ce sont seulement des probabilités.
Toutefois, comme dans la pratique médicale on est souvent obligé de se contenter de probabilités, nous nous permettrons, en tenant compte de la remarque précédente, de nous aventurer sur ce terrain mouvant.
CNT.
Nous avons connu personnellement plusieurs jeunes hommes continents qui nous ont déclaré avoir toujours joui d'une parfaite santé. Nous avons interrogé certains ecclésiastiques que leurs fonctions avaient mis plus spécialement en rapport avec un grand nombre de séminaristes ou de laïques : ils ne les avaient jamais entendus se plaindre de troubles plus ou moins graves du fait de leur chasteté.
Mais ne nous contentons pas d'affirmations, passons aux observations disséminées çà et là dans la littérature médicale eteoncernant des sujets qui auraient eu à souffrir de leur abstinence. Nous en étudierons quelques-unes parmi les plus typiques ou du moins signalées comme telles.
Galien cite un homme dont la santé s'altéra tout à fait après la mort de sa femme et qui ne la recouvra qu'après s'être remaré. Est-ce la continence ou le chagrin de son veuvage qui le rendirent malade ? Nous manquons de renseignements pour pouvoir trancher la question.
Sans soulever plus longtemps la poussière des vieux ouvrages, arrivons à des temps plus modernes. Une observation de Buffon est bien souvent citée. Morel, dans son 7raité des maladies mentales, la reproduit en ces termes :
« Il s'agit du curé de Cours, près de La KRéole, en Guyenne, » qui, doué d’un tempérament des plus ardents, et après avoir
» fait tous les efforts les plus pénibles pour écarter de son ima-
» gination tous les objets lascifs capables d'y laisser une impres-
» sion trop vive, n'en éprouva pas moins, à l’âge de trente-deux
» ans, des accidents nerveux étranges.
» Il se réveille un jour la tête échauffée par des images volup- » tueuses, les organes de la génération fortement ébranlés ; il se » lève, et, par de puissantes distractions, veut tromper la nature.
» Cependant, une vivacité, un feu jusqu'alors inconnus, s'em- » parent de lui, les sens acquièrent une sensibilité, une péné- » tration étonnantes... L'’après-midi, en entrant dans un salon, » il porte ses regards sur deux personnes du sexe qui firent sur » lui une impression telle qu’elles parurent lumineuses et comme » si elles étaient électrisées.. Après avoir été saigné et plongé
Era
> dans un bain, les accidents, loin de se calmer, ne font que s'aceroître. Le délire se montre sous les formes les plus bizarres : il eroit que le gouverneur de la province lui offre toutes les femmes de la cour de Louis XV pour le faire renoncer à ls continence : il se livre à des transports furieux, brise les colonnes de son lit, enfonce les portes de sa chambre... » Dans cette singulière névrose, tous les organes des sens furent portés à un tel degré de sensibilité qu'ils lui firent éprouver » les tourments les plus affreux et les plaisirs les plus doux. La » lumière affectait quelquefois la rétine avec tant d'éclat et de » vivacité quil ne pouvait en supporter la présence; d'autres fois, les perspectives les plus variées s'offraient à sa vue et ravissaient son âme. L'ouie lui proeurait les sensations les » plus délicieuses: il lui semblait que l'univers était un orches- » tre immense dont les sons harmonieux jetaient son âme dans » une extase complète ».
Ce prètre rompit ses vœux et eut des rapports sexuels; dès lors il redevint un homme ordinaire et perdit, en recouvrant la santé, ses dons artistiques dont il ne lui resta pas même le souvenir.
Avee juste raison, Morel fait des réserves sur les conclusions que l'on veut tirer « de la relation poétisée des phénomènes observés dans quelques cas de continence forcée ». Dans le cas précédent, l'observation ne nous renseigne pas sur les antécédents du curé de Cours. On sait en outre comment des phénomènes de surexcitation génésique pouvant aller jusqu'à la satyriase, sont des symptômes fréquents de maladies mentales diverses qui n'ont rien à voir avec l'appétit sexuel non satisfait. Ces psychoses, d'ailleurs, atteignent aussi bien les gens adonnés aux excès vénériens que les continents : quelle est done la cause des troubles présentés par le curé de Cours? Est-ce la continence ? On n'est pas en droit de l'affirmer. IL est très légitime de penser que € était simplement un névropathe qui a présenté divers phénomènes d'excitation dépendant de son état psychonerveux.
Le D Nystrüm (de Stockholm) est sans contredit l'un des